Organe du Mouoement Pacifique Chrétien
« l'internationale de l’amour »
Fondé en 1898, supprimé par la censure militaire pendant la Guerre mondiale
MK MB
RES
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
Adhérents . . .
S fr.
Les opinions exprimées sont
Henri HUCHET Marius DUMESNIL
Les souscriptions annuelles
D r DUMESNIL
Actifs
ÎO fr.
libres au service de la Vérité
sont indispensables pour la
Militants ....
20 fr.
et de la Paix.
COURBEVOIE (Seine)
propagande.
PARIS tl 217.31
Vers l’Amitié Franco-Allemande
L’Evolution
d’un Militaire pro
fessionnel
Dans mon enfance, j’étais nationaliste et belli
ciste.
Fils d’un professeur de mathématiques, j’ai eu
la bonne fortune, il y a cinquante huit ans, d'être
reçu, à la fois, à i’Ecole normale supérieure et à
l’Ecole polytechnique. Pasteur, ami de mon père,
était alors directeur des études de l’Ecole normale.
11 insistait pour que j’entrasse daus cette école. 11
m’aurait pris sous sa protection.
J’ai opté pour l’Ecole polytechnique, parce que,
— je l’avoue — à l'habit noir du normalien, j’ai
préféré le chapeau à claque sur l’oreille et l’épée
au côté du polytechnicien.
Cinq ans après, comme lieutenant d’artillerie,
j’ai pris une part active à la guerre de 1870-1871.
J’ai été blessé deux fois sur le champ de bataille.
J’ai maudit les Allemands. J’ai désiré la revanche
de tout mon cœur. Je l’ai préparée avec ardeur
pendant quarante ans.
J’ai terminé ma carrière en 1911, comme membre
du Conseil Supérieur de la Guerre, inspecteur
général de l’instruction du tir de l’artillerie de
campagne.
Rappelé à l’activité en 1914, j’ai été accusé par
des adversaires politiques d’avoir livré la place de
Lille aux Allemands. Certains journaux français
ayant raconté que j’avais été fusillé, le journal
allemand Artilleristische Monatshefte, du 15 dé
cembre 1914, a publié sur moi un article nécrolo
gique, dont j’extrais ce qui suit :
Si l’artillerie de campagne française, dont la qualité
dépasse de beaucoup celle des autres armes, a telle
ment fait souffrir l’armée allemande, c’est au général
Percin que la France le doit. Le général Percin était
infatigable pour inculquer à ses officiers les principes
d’emploi de cette arme.
Eh bien ! malgré ce passé dont je reste lier, je
suis devenu, sur mes vieux jours, pacifiste intran
sigeant, internationaliste, partisan du rapproche
ment franco-allemand.
Comment ai-je évolué à ce point ?
J’ai longtemps cru, comme tant d’autres, que la
guerre était un mal inévitable ; que c’était le seul
moyen de régler les différends qui peuvent s’élever
entre les peuples. Les événements de 1914-1918
m’ont fait revenir de cette illusion.
La guerre ne paie plus. Elle ne procure même
plus la paix. Elle accroît l’immoralité. Elle favorise
la réaction.
Enfin, la guene ne prouve plus rien. 11 fut un
temps où la Victoire récompensait la bravoure des
combattants, leur patriotisme, leur désir de faire
triompher une cause juste. Elle est aujourd’hui, le
résultat de la supériorité d’uu machinisme aveugle,
favorisant celui qui a tort, aussi bien que celui
qui a raison. D’autres facteurs interviennent, qui
font de la guerre un véritable jeu de hasard.
L’histoire des guerres fourmille d’exemples de
cas où un incident sans importance a fait perdre
une bataille : arrivée tardive d’un renfort, confu
sion résultant de la similitude de deux noms de
lieu, erreur de lecture d’un ordre écrit hâtivement
sur le champ de bataille, etc...
Le 3 septembre 1914, sans le hasard heureux
qui a permis à un aviateur français d’observer
l’infléchissement, vers le Sud,-Est, de la direction
de marche du général von klück, sans cet autre
hasard que, ce jour là, aucun avion allemand n’a
survolé l’armée Maunoury, dont l’ennemi a ignoré
l’existence, il n’y aurait pas eu de bataille de la
Marne, et il est peu probable que la bataille de la
Seine, préméditée par le général J offre, à 60 kilo
mètres plus au Sud, aurait été livrée dans d’aussi
belles conditions. La guerre se serait peut-être
terminée eu un mois, à l’avantage des Allemands.
A quoi tiennent les choses à la guerre ! Les
peuples y jouent leur existeuce, en quelque sorte,
à pile ou face. La guerre n’est donc pas seulement
un moyen ruineux, barbare, inhumain ; c’est un
moyen stupide de régler les différends qui peuvent
s’élever entre les peuples.
A ce moyen stupide, il faut substituer un mo
yen rationnel et efficace. Ce moyen, c’est le recours
à l’arbitrage de la Société des Nations. Mais, la
Société des Nations que je veux, c’est une Société
dont l’Allemagne ne soit pas exclue ; c’est une
Société dont les membres soient désignés par les
Nations elles-mêmes, et non par Clémenceau.
La grande erreur du traité de Versailles a été de
tenir l’Allemagne en dehors des négociations de
paix ; d’exiger d’elle un aveu de culpabilité auquel
elle se refusait ; de la rendre seule responsable
des dommages causés.
Tant qu’un tribunal, où la France ne sera pas,
à la fois, juge et partie, n’aura pas nettement défini
les responsabilités de chacun dans la guerre mon
diale, le problème des réparations demeureia inso
luble.
Ce tribunal, je le répète, ne peut être Société des Nations. Mais, il faut que celle-ci cesse
d’être une foire d’empoigne, où chacun tire la cou
verture à lui.
C’est poursuivre un but chimérique que d’as
sembler autour d’un tapis vert, avec l’espoir qu’ils
arriveront à s’entendre, des hommes qui, dans
leurs pays respectifs, ontreçu mission de défendre,
avant tout, les intérêts de ces pays ; des hommes
auxquels on a fait croire, et ordonné de croire que
tous les torts sont de l’autre côté ; des hommes
dont on mesure le patriotisme à la haine, ou tout
au moins à la méfiance, qu’ils professent pour
l’Etranger.
La première chose à faire est de créer, entre les
peuples, un véritable esprit d’internationalisme,
en supprimant les passeports et les douanes, en
facilitant les échanges commerciaux, les voyages
et les mariages internationaux ; en créant un état
d’âme tel qu’il soit aussi indifférent à un citoyen
de l’Europe d’être Français ou Allemand, qu’il est
indifférent à un citoyen de la France d’appartenir
au département de Seine-et-Oise ou à celui de
Seine-et-Marne.
La suppression des douanes entre les différents
Etats de l’Europe produirait l’état de choses qui
est résulté de leur disparition, entre les différentes
provinces françaises, entre les différents Etats de
l’Amérique, entre ceux de la Confédération germa
nique.
La deuxième chose à faire est de tuer l’esprit de
guerre, en prenant les mesures que j’ai énumérées,
il y a trois ans déjà, dans le Progrès Civique , du
5 juin 1920, savoir :
Faire l’éducation des peuples, comme on a fait,
jusqu’à présent, celle des individus.
Faire comprendre, aux uns comme aux autres,
qu’ils ont tout intérêt à ne pas régler eux-mêmes
les différends qui peuvent s’élever entre eux.
Modifier, à ce sujet, les idées reçues et perpé
tuées par la tradition.
Cesser d’honorer, chez les peuples, l’emploi de
la force brutale, que l’on flétrit chez les individus.
Ne plus appeler « gloire », chez les uns. ce que,
chez les autres, on appelle « barbarie ».
Ne plus dire « le noble métier des armes », pas
plus qu’on ne dit « le noble métier de policier ».
Agir sur les enfants par de nouvelles méthodes
d’éducation, et notamment par une réforme com
plète de l’enseignement de l’histoire.
Ne plus leur donner, aux étrennes, des casques,
des sabres et des soldats de plomb.
Débaptiser les rues qui portent les noms de
grandes batailles ou ceux de grands guerriers ;
leur donner les noms de bienfaiteurs de l’huma
nité.
Mettre le pacifisme à la mode, comme le belli
cisme l’a été jusqu’à présent.
La troisième chose à faire est de supprimer les
principaux motifs de guerre, en décidant que les
richesses du sous-sol, telles que le charbon de la
Ruhr et le minerai d’Alsace-Lorraine, cesseront
d’être la propriété d’un certain nombre de ma
gnats industriels, français ou allemands, intéressés
à ce qu’on lance les peuples les uns contre les
autres, et deviendront la propriété de l’humanité.
Je veux dire par là que ces richesses devraient être,
non pas seulement socialisées, mais encore inter
nationalisées.
Tant que ces trois réformes ne seront pas accom
plies, l’établissement des Etats-Unis d’Europe sera
une utopie, et je dirai, rééditant un mot célèbre :
« Vous y croyez, vous à la Société des Nations ? ».
Général PERCIN.
L’Occasion manquée
L’article suivant est dû à un chrétien pacifiste mili
tant, prêtre catholique, l'abbé Demulier, qui avec un
beau courage travaille à instaurer le règne de la paix
chrétienne, tout particulièrement par le rapprochement
de la France et de l'Allemagne.
Se trouvant en Suisse en 1914 pour raison de santé,
l’abbé Demulier passa la frontière pour demander à être
aumônier militaire avec le dessein d’exercer unique
ment son ministère religieux aussi bien auprès des pri
sonniers allemands que des soldats français. C’est même
pour apprendre V allemand qu’il resta en Suisse jus
qu’en novembre. Ne recevant pas de poste d’aumônier,
il se rendit au prix de mille difficultés, en pays occupé,
en passant par l’Angleterre, la Hollande et la Belgique,
afin de travailler là - à la réconciliation des nations
en guerre. Suspecté par la kommandantur qui trouva qu’il
refroidissait le zèle patriotique des officiers allemands,
il fut emmené en captivité à Cologne, puis dans le Ha
novre et le Brandebourg. Il passa en conseil de guerre
et faillit être fusillé. Rentré en France après l’armis
tice il a continué son œuvre de paix et a fondé la
Correspondance Catholique franco-allemande qui
sert i mettre en relations français et allemands de bonne
volonté.
Le livre-journal* d’Elisabeth le Brocq, dont
le dernier n° de Y Universel recommandait la
lecture, est surtout intéressant parce qu’il
corrobore le témoignage de tous les prison
niers de guerre témoins de la Révolution
allemande et nous fait partager l’émotion
que suscitèrent dans la jeune République les
conditions si draconiennes de l’armistice.’
Si tous les prisonniers français qui ont fra
ternisé avec les soldats allemands après le
8 novembre s’étaient donné la peine d’éclairer
l’opinion française sur le caractère de cette
Révolution, il y a longtemps que l'erreur du
général Foch aurait été réparée.
La France a brisé l’élan généreux qui em
portait tous les peuples vers le désarmement
et la fraternité. Le grand organe catholique
de la Suisse française, la Liberté de Fribourg
se félicitait de l’ère nouvelle qui s’ouvrait
alors pour l’humanité en disant que la Ré
volution allemande était la plus grande de
l’histoire, parce que jamais on n’avait vu une
grande nation désarmer en pleine guerre,
assurée que son exemple serait universelle
ment suivi. Wilson n’avait-il pas proclamé
qu’il ne voulait ni vainqueurs, ni vaincus ?
Nos officiers n’avaienc-ils pas assez dit et ré
pété à nos soldats qu’ils se battaient, non
pour conquérir des indemnités ni des terri
toires, mais pour assurer à jamais la liberté
et la fraternité des peuples ? Le Pape n’avait-
il pas demandé un plébiscite en Alsace en
1917 et cette solution ne s’imposait-elle pas
d’elle-même après la fuite du Kaiser ?
Le peuple allemand s’est livré à discrétion
à la République française. Il avait cruelle
ment souffert de voir ses gouvernants traiter
la Russie en vaincue et il était loin de sup
poser que le peuple français se rendrait cou
pable du même abus de confiance. 11 se laissa
donc entraîner par l'exemple des Russes ;
mais il craignait les désordres qui accom
pagnent ordinairement une crise politique
d’une telle envergure. Aussi, en Bade, où
j’étais aumônier d’un camp de soldats, les
paysans demandaient-ils que les troupes
françaises viennent occuper le pays parce
qu’ils voulaient « la République comme en
France ». Des officiers français internés en
Bavière, avec lesquels je fus rapatrié par la
Suisse, me déclarèrent que c’était aussi le
vœu des Bavarois et qu’à Munich, au sortir
de la cathédrale, ils avaient été acclamés par
une foule inombrable criant vive la France !
Lorsqu’on a vécu de telles heures et qu’on
les compare à la situation d’aujourd’hui, n’est-
on pas obligé de penser que les responsables
de cette situation et de ce malaise universel
qui se manifeste jusque chez les « vain
queurs » sont les pires ennemis de la France?
Ft n’est-ce pas un devoir patriotique de le
dire ?
C’est surtout un devoir pour les catholiques.
Dans son encyclique de 1920 sur la Paix, Be
noît XV, qui pendant la guerre avait si sou
vent fuit appel à la simple raison et à la vertu
— hélas ! si rare — d’humanité, rappelait
cette doctrine traditionnelle de l’Eglise que
les lois de l’Evangile doivent régir les peuples
aussi bien que les individus. Il s’ensuit que
les nations doivent rechercher l’esprit de
sacrifice, de pauvreté, d’humilité, de péni
tence, d’amour sincère des ennemis, que le
reste leur sera donné par surcroît. Rien de
plus important que de conjurer le danger de
la guerre, disait Léon XIII en 1889, et tout
ce que l’on fait dans ce but doit être consi
déré comme œuvre de salut public. »
En 1894, dans l’encyclique Praeclara , le
même Pape condamnait la paix armée et la
vie militaire. La charité est une vertu théo
logale sans laquelle la foi ne sert de rien et
ne suffirait-il pas à un Français patriote,
mais surtout catholique, d’avoir cette charité
pour comprendre et déplorer les injustices d e
son pays vis-à-vis de l’Allemagne P
Et pourtant ! Ceux-là mêmes qui ont reçu
une mission d’amour n’ên arrivent-ils pas à
exciter les passions qui rendent son règne
imposible P Ne se servent-ils pas des églises
pour réserver à la richesse les premières
places, les privilèges, la splendeur des céré
monies cultuelles, alors qu’en paroles ils
prêchent l’amour de l’humilité, de la pau
vreté et l’abandon à la Providence ? Un
journaliste peu suspect d’anti-cléricalisme,
J-Guiraud, disait au sujet d’une lettre pasto
rale de l’aumônier militaire des armées d’oc
cupation : « Mgr. Rémond ne prononce à
l’égard des Allemands aucune de ces paroles
haineuses qui tombent trop souvent contre
eux des chaires chrétiennes » (1).
Une méconnaissance aussi générale des
devoirs les plus sacrés n’est-elle pas de na
ture à attirer la malédiction divine sur une
nation ? Et le pire des châtiments n’est-il
pas l’endurcissement du cœur. ?
Ne serait-ce pas parce que la plupart des
catholiques français prennent la vie présente
pour la véritable vu, les biens extérieurs
pour les vrais biens, n’est-ce pas en un mot
parce qu’ils n’observent pas la loi évangé
lique dans leur vie privée qu’ils sont inca
pables d’en vouloir l’observation dans la vie
publique de la nation ?
Celui qui n’aime pas demeure dans la
mort. Ne serait-ce pas parce qu’ils profanent
les sacrements de la loi nouvelle en s’en ap
prochant sans la charité qu’ils fournissent les
meilleures recrues au nationalisme,[père des
honteuses boucheries des champs de bataille
où ce ne sont plus seulement, comme dans
l’antiquité, des armées qui se jettent les unes
contre les autres, mais des nations entières ?
Paul Allard dit de Dèce,le plus sanguinaire
des persécuteurs destroispremier siècles,qu’il
poursuivait un but élevé : le rétablissement
de l’unité religieuse par le retour des dissi
dents au culte national. Le fanatisme l’avait
empêché d’apercevoir l’état de ceculte ne te
nant plus debout que grâce au sentiment re
ligieux inhérent à toute âme humaine et aux
superstitions qui l’entouraient de leurs ra
meaux parasites et lui prêtaient une appa
rence de vie.
On pourrait presque dire la même chose
du catholicisme en France. Il parle encore
par la pompe de ses cérémonies ; mais pour
la plupart il est plutôtun parti politique qu’un
facteur de sainteté.
Je le sais, le clergé d’aujourd’hui ne porte
pas à lui seul la responsabilité de ces pré
ventions déjà vieilles, mais non incurables. Il
subit, nous subissons tous les conséquences
de l’asservissement des consciences par l’au
torité civile. Ce n’est pas seulement dans les
corporations que la monarchie introduisit
de singuliers abus, c’est jusque dans le sanc
tuaire. Pendant des siècles les pouvoirs pu
blics se sont accoutumés en France à consi
dérer, le clergé comme une institution hu
maine, un rouage de la machine gouverne
mentale, et les prêtres comme des fonction
naires du culte et des salariés de l’Etat.
Le culte est pourtant peu de chose dans le
| catholicisme ; il n’est qu’un moyen de faci
liter l’ascension des âmes vers Dieu etvers la
pratique de ces vertus surnaturelles dont
l’oubli a des résultats si funestes au point de
vue de la Paix.
Pratiquement que pouvons-nous faire si
non prier pour ceux qui ont reçu, avec la
mission divine d’enseigner, celle défaire une
opinion publique chrétienne ? N’ont-ils pas
la certitude d’y réussir s’ils prennent cons
cience de leurs responsabilités, s’ils ne s’ap
puient que sur le secours d’En-Haut, s’ils
sont prêts à mériter le bel éloge que Jésus-
Christ, leur maître et leur modèle, faisait des
prophètes d’Israël : « Quel est le prophète
que vos pères n’ont pas persécuté? »
Abbé Henri DEMULIER.
(/) La Croix, 22 mars 193a.
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et de la Paix.
COURBEVOIE (Seine)
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PARIS tl 217.31
Vers l’Amitié Franco-Allemande
L’Evolution
d’un Militaire pro
fessionnel
Dans mon enfance, j’étais nationaliste et belli
ciste.
Fils d’un professeur de mathématiques, j’ai eu
la bonne fortune, il y a cinquante huit ans, d'être
reçu, à la fois, à i’Ecole normale supérieure et à
l’Ecole polytechnique. Pasteur, ami de mon père,
était alors directeur des études de l’Ecole normale.
11 insistait pour que j’entrasse daus cette école. 11
m’aurait pris sous sa protection.
J’ai opté pour l’Ecole polytechnique, parce que,
— je l’avoue — à l'habit noir du normalien, j’ai
préféré le chapeau à claque sur l’oreille et l’épée
au côté du polytechnicien.
Cinq ans après, comme lieutenant d’artillerie,
j’ai pris une part active à la guerre de 1870-1871.
J’ai été blessé deux fois sur le champ de bataille.
J’ai maudit les Allemands. J’ai désiré la revanche
de tout mon cœur. Je l’ai préparée avec ardeur
pendant quarante ans.
J’ai terminé ma carrière en 1911, comme membre
du Conseil Supérieur de la Guerre, inspecteur
général de l’instruction du tir de l’artillerie de
campagne.
Rappelé à l’activité en 1914, j’ai été accusé par
des adversaires politiques d’avoir livré la place de
Lille aux Allemands. Certains journaux français
ayant raconté que j’avais été fusillé, le journal
allemand Artilleristische Monatshefte, du 15 dé
cembre 1914, a publié sur moi un article nécrolo
gique, dont j’extrais ce qui suit :
Si l’artillerie de campagne française, dont la qualité
dépasse de beaucoup celle des autres armes, a telle
ment fait souffrir l’armée allemande, c’est au général
Percin que la France le doit. Le général Percin était
infatigable pour inculquer à ses officiers les principes
d’emploi de cette arme.
Eh bien ! malgré ce passé dont je reste lier, je
suis devenu, sur mes vieux jours, pacifiste intran
sigeant, internationaliste, partisan du rapproche
ment franco-allemand.
Comment ai-je évolué à ce point ?
J’ai longtemps cru, comme tant d’autres, que la
guerre était un mal inévitable ; que c’était le seul
moyen de régler les différends qui peuvent s’élever
entre les peuples. Les événements de 1914-1918
m’ont fait revenir de cette illusion.
La guerre ne paie plus. Elle ne procure même
plus la paix. Elle accroît l’immoralité. Elle favorise
la réaction.
Enfin, la guene ne prouve plus rien. 11 fut un
temps où la Victoire récompensait la bravoure des
combattants, leur patriotisme, leur désir de faire
triompher une cause juste. Elle est aujourd’hui, le
résultat de la supériorité d’uu machinisme aveugle,
favorisant celui qui a tort, aussi bien que celui
qui a raison. D’autres facteurs interviennent, qui
font de la guerre un véritable jeu de hasard.
L’histoire des guerres fourmille d’exemples de
cas où un incident sans importance a fait perdre
une bataille : arrivée tardive d’un renfort, confu
sion résultant de la similitude de deux noms de
lieu, erreur de lecture d’un ordre écrit hâtivement
sur le champ de bataille, etc...
Le 3 septembre 1914, sans le hasard heureux
qui a permis à un aviateur français d’observer
l’infléchissement, vers le Sud,-Est, de la direction
de marche du général von klück, sans cet autre
hasard que, ce jour là, aucun avion allemand n’a
survolé l’armée Maunoury, dont l’ennemi a ignoré
l’existence, il n’y aurait pas eu de bataille de la
Marne, et il est peu probable que la bataille de la
Seine, préméditée par le général J offre, à 60 kilo
mètres plus au Sud, aurait été livrée dans d’aussi
belles conditions. La guerre se serait peut-être
terminée eu un mois, à l’avantage des Allemands.
A quoi tiennent les choses à la guerre ! Les
peuples y jouent leur existeuce, en quelque sorte,
à pile ou face. La guerre n’est donc pas seulement
un moyen ruineux, barbare, inhumain ; c’est un
moyen stupide de régler les différends qui peuvent
s’élever entre les peuples.
A ce moyen stupide, il faut substituer un mo
yen rationnel et efficace. Ce moyen, c’est le recours
à l’arbitrage de la Société des Nations. Mais, la
Société des Nations que je veux, c’est une Société
dont l’Allemagne ne soit pas exclue ; c’est une
Société dont les membres soient désignés par les
Nations elles-mêmes, et non par Clémenceau.
La grande erreur du traité de Versailles a été de
tenir l’Allemagne en dehors des négociations de
paix ; d’exiger d’elle un aveu de culpabilité auquel
elle se refusait ; de la rendre seule responsable
des dommages causés.
Tant qu’un tribunal, où la France ne sera pas,
à la fois, juge et partie, n’aura pas nettement défini
les responsabilités de chacun dans la guerre mon
diale, le problème des réparations demeureia inso
luble.
Ce tribunal, je le répète, ne peut être
d’être une foire d’empoigne, où chacun tire la cou
verture à lui.
C’est poursuivre un but chimérique que d’as
sembler autour d’un tapis vert, avec l’espoir qu’ils
arriveront à s’entendre, des hommes qui, dans
leurs pays respectifs, ontreçu mission de défendre,
avant tout, les intérêts de ces pays ; des hommes
auxquels on a fait croire, et ordonné de croire que
tous les torts sont de l’autre côté ; des hommes
dont on mesure le patriotisme à la haine, ou tout
au moins à la méfiance, qu’ils professent pour
l’Etranger.
La première chose à faire est de créer, entre les
peuples, un véritable esprit d’internationalisme,
en supprimant les passeports et les douanes, en
facilitant les échanges commerciaux, les voyages
et les mariages internationaux ; en créant un état
d’âme tel qu’il soit aussi indifférent à un citoyen
de l’Europe d’être Français ou Allemand, qu’il est
indifférent à un citoyen de la France d’appartenir
au département de Seine-et-Oise ou à celui de
Seine-et-Marne.
La suppression des douanes entre les différents
Etats de l’Europe produirait l’état de choses qui
est résulté de leur disparition, entre les différentes
provinces françaises, entre les différents Etats de
l’Amérique, entre ceux de la Confédération germa
nique.
La deuxième chose à faire est de tuer l’esprit de
guerre, en prenant les mesures que j’ai énumérées,
il y a trois ans déjà, dans le Progrès Civique , du
5 juin 1920, savoir :
Faire l’éducation des peuples, comme on a fait,
jusqu’à présent, celle des individus.
Faire comprendre, aux uns comme aux autres,
qu’ils ont tout intérêt à ne pas régler eux-mêmes
les différends qui peuvent s’élever entre eux.
Modifier, à ce sujet, les idées reçues et perpé
tuées par la tradition.
Cesser d’honorer, chez les peuples, l’emploi de
la force brutale, que l’on flétrit chez les individus.
Ne plus appeler « gloire », chez les uns. ce que,
chez les autres, on appelle « barbarie ».
Ne plus dire « le noble métier des armes », pas
plus qu’on ne dit « le noble métier de policier ».
Agir sur les enfants par de nouvelles méthodes
d’éducation, et notamment par une réforme com
plète de l’enseignement de l’histoire.
Ne plus leur donner, aux étrennes, des casques,
des sabres et des soldats de plomb.
Débaptiser les rues qui portent les noms de
grandes batailles ou ceux de grands guerriers ;
leur donner les noms de bienfaiteurs de l’huma
nité.
Mettre le pacifisme à la mode, comme le belli
cisme l’a été jusqu’à présent.
La troisième chose à faire est de supprimer les
principaux motifs de guerre, en décidant que les
richesses du sous-sol, telles que le charbon de la
Ruhr et le minerai d’Alsace-Lorraine, cesseront
d’être la propriété d’un certain nombre de ma
gnats industriels, français ou allemands, intéressés
à ce qu’on lance les peuples les uns contre les
autres, et deviendront la propriété de l’humanité.
Je veux dire par là que ces richesses devraient être,
non pas seulement socialisées, mais encore inter
nationalisées.
Tant que ces trois réformes ne seront pas accom
plies, l’établissement des Etats-Unis d’Europe sera
une utopie, et je dirai, rééditant un mot célèbre :
« Vous y croyez, vous à la Société des Nations ? ».
Général PERCIN.
L’Occasion manquée
L’article suivant est dû à un chrétien pacifiste mili
tant, prêtre catholique, l'abbé Demulier, qui avec un
beau courage travaille à instaurer le règne de la paix
chrétienne, tout particulièrement par le rapprochement
de la France et de l'Allemagne.
Se trouvant en Suisse en 1914 pour raison de santé,
l’abbé Demulier passa la frontière pour demander à être
aumônier militaire avec le dessein d’exercer unique
ment son ministère religieux aussi bien auprès des pri
sonniers allemands que des soldats français. C’est même
pour apprendre V allemand qu’il resta en Suisse jus
qu’en novembre. Ne recevant pas de poste d’aumônier,
il se rendit au prix de mille difficultés, en pays occupé,
en passant par l’Angleterre, la Hollande et la Belgique,
afin de travailler là - à la réconciliation des nations
en guerre. Suspecté par la kommandantur qui trouva qu’il
refroidissait le zèle patriotique des officiers allemands,
il fut emmené en captivité à Cologne, puis dans le Ha
novre et le Brandebourg. Il passa en conseil de guerre
et faillit être fusillé. Rentré en France après l’armis
tice il a continué son œuvre de paix et a fondé la
Correspondance Catholique franco-allemande qui
sert i mettre en relations français et allemands de bonne
volonté.
Le livre-journal* d’Elisabeth le Brocq, dont
le dernier n° de Y Universel recommandait la
lecture, est surtout intéressant parce qu’il
corrobore le témoignage de tous les prison
niers de guerre témoins de la Révolution
allemande et nous fait partager l’émotion
que suscitèrent dans la jeune République les
conditions si draconiennes de l’armistice.’
Si tous les prisonniers français qui ont fra
ternisé avec les soldats allemands après le
8 novembre s’étaient donné la peine d’éclairer
l’opinion française sur le caractère de cette
Révolution, il y a longtemps que l'erreur du
général Foch aurait été réparée.
La France a brisé l’élan généreux qui em
portait tous les peuples vers le désarmement
et la fraternité. Le grand organe catholique
de la Suisse française, la Liberté de Fribourg
se félicitait de l’ère nouvelle qui s’ouvrait
alors pour l’humanité en disant que la Ré
volution allemande était la plus grande de
l’histoire, parce que jamais on n’avait vu une
grande nation désarmer en pleine guerre,
assurée que son exemple serait universelle
ment suivi. Wilson n’avait-il pas proclamé
qu’il ne voulait ni vainqueurs, ni vaincus ?
Nos officiers n’avaienc-ils pas assez dit et ré
pété à nos soldats qu’ils se battaient, non
pour conquérir des indemnités ni des terri
toires, mais pour assurer à jamais la liberté
et la fraternité des peuples ? Le Pape n’avait-
il pas demandé un plébiscite en Alsace en
1917 et cette solution ne s’imposait-elle pas
d’elle-même après la fuite du Kaiser ?
Le peuple allemand s’est livré à discrétion
à la République française. Il avait cruelle
ment souffert de voir ses gouvernants traiter
la Russie en vaincue et il était loin de sup
poser que le peuple français se rendrait cou
pable du même abus de confiance. 11 se laissa
donc entraîner par l'exemple des Russes ;
mais il craignait les désordres qui accom
pagnent ordinairement une crise politique
d’une telle envergure. Aussi, en Bade, où
j’étais aumônier d’un camp de soldats, les
paysans demandaient-ils que les troupes
françaises viennent occuper le pays parce
qu’ils voulaient « la République comme en
France ». Des officiers français internés en
Bavière, avec lesquels je fus rapatrié par la
Suisse, me déclarèrent que c’était aussi le
vœu des Bavarois et qu’à Munich, au sortir
de la cathédrale, ils avaient été acclamés par
une foule inombrable criant vive la France !
Lorsqu’on a vécu de telles heures et qu’on
les compare à la situation d’aujourd’hui, n’est-
on pas obligé de penser que les responsables
de cette situation et de ce malaise universel
qui se manifeste jusque chez les « vain
queurs » sont les pires ennemis de la France?
Ft n’est-ce pas un devoir patriotique de le
dire ?
C’est surtout un devoir pour les catholiques.
Dans son encyclique de 1920 sur la Paix, Be
noît XV, qui pendant la guerre avait si sou
vent fuit appel à la simple raison et à la vertu
— hélas ! si rare — d’humanité, rappelait
cette doctrine traditionnelle de l’Eglise que
les lois de l’Evangile doivent régir les peuples
aussi bien que les individus. Il s’ensuit que
les nations doivent rechercher l’esprit de
sacrifice, de pauvreté, d’humilité, de péni
tence, d’amour sincère des ennemis, que le
reste leur sera donné par surcroît. Rien de
plus important que de conjurer le danger de
la guerre, disait Léon XIII en 1889, et tout
ce que l’on fait dans ce but doit être consi
déré comme œuvre de salut public. »
En 1894, dans l’encyclique Praeclara , le
même Pape condamnait la paix armée et la
vie militaire. La charité est une vertu théo
logale sans laquelle la foi ne sert de rien et
ne suffirait-il pas à un Français patriote,
mais surtout catholique, d’avoir cette charité
pour comprendre et déplorer les injustices d e
son pays vis-à-vis de l’Allemagne P
Et pourtant ! Ceux-là mêmes qui ont reçu
une mission d’amour n’ên arrivent-ils pas à
exciter les passions qui rendent son règne
imposible P Ne se servent-ils pas des églises
pour réserver à la richesse les premières
places, les privilèges, la splendeur des céré
monies cultuelles, alors qu’en paroles ils
prêchent l’amour de l’humilité, de la pau
vreté et l’abandon à la Providence ? Un
journaliste peu suspect d’anti-cléricalisme,
J-Guiraud, disait au sujet d’une lettre pasto
rale de l’aumônier militaire des armées d’oc
cupation : « Mgr. Rémond ne prononce à
l’égard des Allemands aucune de ces paroles
haineuses qui tombent trop souvent contre
eux des chaires chrétiennes » (1).
Une méconnaissance aussi générale des
devoirs les plus sacrés n’est-elle pas de na
ture à attirer la malédiction divine sur une
nation ? Et le pire des châtiments n’est-il
pas l’endurcissement du cœur. ?
Ne serait-ce pas parce que la plupart des
catholiques français prennent la vie présente
pour la véritable vu, les biens extérieurs
pour les vrais biens, n’est-ce pas en un mot
parce qu’ils n’observent pas la loi évangé
lique dans leur vie privée qu’ils sont inca
pables d’en vouloir l’observation dans la vie
publique de la nation ?
Celui qui n’aime pas demeure dans la
mort. Ne serait-ce pas parce qu’ils profanent
les sacrements de la loi nouvelle en s’en ap
prochant sans la charité qu’ils fournissent les
meilleures recrues au nationalisme,[père des
honteuses boucheries des champs de bataille
où ce ne sont plus seulement, comme dans
l’antiquité, des armées qui se jettent les unes
contre les autres, mais des nations entières ?
Paul Allard dit de Dèce,le plus sanguinaire
des persécuteurs destroispremier siècles,qu’il
poursuivait un but élevé : le rétablissement
de l’unité religieuse par le retour des dissi
dents au culte national. Le fanatisme l’avait
empêché d’apercevoir l’état de ceculte ne te
nant plus debout que grâce au sentiment re
ligieux inhérent à toute âme humaine et aux
superstitions qui l’entouraient de leurs ra
meaux parasites et lui prêtaient une appa
rence de vie.
On pourrait presque dire la même chose
du catholicisme en France. Il parle encore
par la pompe de ses cérémonies ; mais pour
la plupart il est plutôtun parti politique qu’un
facteur de sainteté.
Je le sais, le clergé d’aujourd’hui ne porte
pas à lui seul la responsabilité de ces pré
ventions déjà vieilles, mais non incurables. Il
subit, nous subissons tous les conséquences
de l’asservissement des consciences par l’au
torité civile. Ce n’est pas seulement dans les
corporations que la monarchie introduisit
de singuliers abus, c’est jusque dans le sanc
tuaire. Pendant des siècles les pouvoirs pu
blics se sont accoutumés en France à consi
dérer, le clergé comme une institution hu
maine, un rouage de la machine gouverne
mentale, et les prêtres comme des fonction
naires du culte et des salariés de l’Etat.
Le culte est pourtant peu de chose dans le
| catholicisme ; il n’est qu’un moyen de faci
liter l’ascension des âmes vers Dieu etvers la
pratique de ces vertus surnaturelles dont
l’oubli a des résultats si funestes au point de
vue de la Paix.
Pratiquement que pouvons-nous faire si
non prier pour ceux qui ont reçu, avec la
mission divine d’enseigner, celle défaire une
opinion publique chrétienne ? N’ont-ils pas
la certitude d’y réussir s’ils prennent cons
cience de leurs responsabilités, s’ils ne s’ap
puient que sur le secours d’En-Haut, s’ils
sont prêts à mériter le bel éloge que Jésus-
Christ, leur maître et leur modèle, faisait des
prophètes d’Israël : « Quel est le prophète
que vos pères n’ont pas persécuté? »
Abbé Henri DEMULIER.
(/) La Croix, 22 mars 193a.
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