Organe du Mouoement Pacifique Chrétien
« l’internationale de l’amour »
Fondé en 1898, supprimé par Ja censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
Adhérents . .
. . . 5 fr.
Les opinions exprimées sont
Henri HUCHET Marius DUMESNIL
Les souscriptions annuelles
Dr OUMESNlf
Actifs
Militants . . .
. . . ÎO fr.
. . 20 fr.
libres au service de la Vérité
et de la Paix.
COURBEVOIE (Seine)
sont indispensables pour la
propagande.
PARIS il 217.31
La Morale de la Guerre
déduite pat ses Ptofessionnels
— Le 10 février 1920, le général Serrigny, alors
sous-chef d’Etat-Major, nous faisait connaître par
le Journal que :
« De nos jours, les intérêts économiques
seuls peuvent déchaîner la guerre ; tout le
reste est prétexte ».
D’où il appert que les boniments solennels du
gouvernement et de sa valetaille académique et
journalistique sont des mensonges destines a servir
de prétextes. — Bien.
— Le général Cherfils écrivaitdans le Gaulois du
17 Juillet 1915 :
texte diplomatique et extérieur qui a permis
à l’Angleterre de déclarer la guerre ».
Ce qui nous apprend que parmi les prétextes il
eri est de diplomatiques. Eu effet, en même temps
qu’il confirmait à Jofîre le recul de 10 kilométrés,
M. Messimy lui télégraphiait, le 1 er août 1914, a 13
heures, que c’était « en vue de nous assurer la
collaboration de nos voisins anglais ». Et
J offre envoyait le lendemain aux chels de corps un
ordre motivartt ce recul : « Pour des raisons
nationales d’ordre moral et pour des raisons
impérieuses d’ordre diplomatique ».
— Fin 1911, le généralissime Michel, chet su
prême des armées françaises, présentant son rap -
port sur le plan de mobilisation générale, débutait
en ces termes :
« Le conflit d’intérêts entre l'Angleterre et
l’Allemagne va chaque jour grandissant et
peut, à un moment donné, nous entraîner
dans une guerre qui s’étendrait à une grande
partie des nations européennes ».
D’où il apparaissait déjà que nous ferions la»
guerre pour des intérêts qui ne seraient pas les
nôtres 1
— En 1913, le commandant de Civrieux fit un
livre : le Germanisme encerclé, dont le titre seul
indique que « l’Encerclement » n’est pas une invén-
tion boche. D’ailleurs, en vingt passages, l’auteur
le confirme, exemple : «la situation de puissance
encerclée faite à l’empire... » (page 70).
Dans cet ouvrage, le commandant disait :
« Sortant du splendide isolement, l’Angle
terre se doit de chercher un soldat sur le con
tinent. Contre l’Allemagne, ce soldat, le Fran
çais, est allié au Russe. Seule, la coalition
des puissances encerclant l’empire des Ho-
henzollern peut conserver aux successeurs
d’Elisabeth et de Victoria la domination des
mers occidentales ».
D’où se précise ce point, que « le conflit d’inté
rêts », qui n’étaient pas les nôtres, se concrétisait
en l’impérialisme maritime britannique que mena
çait l’expansion commerciale allemande. En effet,
le ci-dessus précité général Cherfils écrivait, ( op.
cil.) :
« II. semble bien que l’erreur la plus an
cienne de l’empereur d’Allemagne tient dans
cette parole : « Notre avenir est sur l’eau » ;
ce jour-là l’Empire allemand a été condamné
par l’Angleterre ».
De sorte que nous, Français, nous commençons
à savoir avec plus de précision pour quoi sont
morts nos fils !
Qu’eu pensent les prêtres qui font graver de
longues listes obi tuai res dans leurs églises avec ces
mots transfigurateurs : Morts pour la France ?
Au surplus, le président du Conseil, Glémenceau
a confirmé celle origine de la guerre, en son dis
cours au Sénat du 11 octobre 1919 :
« L’ex-empereur Guillaume II avait dit :
« Notre avenir est sur l’eau ». Voilà une
parole qui lui a coûté cher ! » (Journal Officiel.
12 Oct. 1919).
Encore faudrait-il voir ce qu’il en est de celte
assertion. Guillaume 11 vit de ses rentes, possède
tous ses rejetons et en procrée de nouveaux ;
George V a gardé son fils, et Glémenceau sa Smala ;
par contre : « les morts français sont les plus
nombreux » a avoué Poincaré, à Commercy, le
13 mai 1923. Dans ces conditions, à qui cela a-t-il
coûté \e plus cher ?...
— Si des « intérêts économiques » constituent
un but peu noble en soi et, dans tous les cas, sans
proportion ni commune mesure avec l’hécatombe
d’un peuple, que dire de son sacrifice pour des inté
rêts qui ne sont pas les siens ? ? C’est là qu’il en
faudra, des prétextes : Dernière des guerres ; dé
fendre le sol contre la sauvage agression ; sup
primer le militarisme, etc ! !
— Le général Maistre, présidant un. Conseil de
guerre, le 20 avril 1920, disait du haut de son
siège :
« La police du champ de bataille doit être
assurée énergiquement, en employant tous les
moyens, au besoin même les mitrailleuses. Il
est, en effet, indispensable de prouver à ceux
qui seraient tentés de filer, que le danger est
plus grand derrière que devant. » [Le Journal
21 avril ; Le Temps , 22 avril).
11 résulte à l’évidence de cette déclaration tactique
que ce qu’ils magnifient sous toutes sortes de for
mules où rentre le mot héroïsme, n’est autre chose
qu’une impitoyable organisation de la fuite en
avant. Mais que devient la dignité humaine dans
cet avilissemen t ? H n’y a de courageux et d’héroïque
que celui qui a la liberté de l’être ou de ne l’être
pas.
Eh bien, cette taylorisation des volontés doit
s’exercer aussi, par d’autres moyens, chez les non-
combattants. Les mitrailleuses des civils se nom
ment Mornet.
— « L’âme des foules se remue au gré des
désirs du gouvernement. L’Etat peut et doit
manier le sentiment public suivant les besoins
de la politique », dit le général Serrigny, sous-
chef d’Etat-inajor, déjà cité [Le Journal , 16 février
1920).
11 est bien vrai que nous avons une « immor
telle » Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen qui stipule en son article XXV que « La
Souveraineté réside dans le Peuple, etc... », et
qu’une Ligue réunit cent mille cotisants pour sa
défense ; mais si l’on considère comment le Sou
verain a été refrnué et manié au gré des désirs du
gouvernement de 1913 et 14 et des besoins de sa
politique, on se demande ce qu’il serait advenu de
pis si la Ligue avait été .constituée non pour le
défendre, miais pour le livrer.
— D’ailleurs, le général Serrigny et ses émules
qui, entretenus par le dit Souverain, travaillent
dans l’ombre des Etats-majors à le mater afin d’en
faire du « matériel humain », sont là pour en faire
le prochain essai, ffrran !...
Car :
«Les peuples ne désarmeront jamais, heu
reusement pour leur grandeur morale et la
beauté de la civilisation ». (général Cherfils,
Echo de Paris).
Et :
« La guerre a ressuscité en France le sens
de l’idéal et du divin ». (général Rebillot, Libre
1 arole , 13 déc. 1914).
Donc :
« Il est bon que nos enfants soient prêts, si
c’est nécessaire, à lutter de nouveau pour la
même cause ». général de Lacroix, Le Temps,
2 août 1919).
En conséquence, Femmes, faites des enfants. Ils
sont retenus et marqués d’avance, car :
« Leur vie ne leur appartient pas ; ils sont
les cellules mortelles de la France, qui ne
peut pas mourir... Ils disparaîtront peut-
être. Qu’importe puisque d’autres encore
viendront... » (capitaine Vidal, Le Pays , 2 nov.
1917).
Femmes, vous dis-je, faites des petits, et pour le
surplus fiez-vous à la Ligue...
Mais, direz-vous, il en coûte cher aux Français
de laisser constamment substituer à eux-mêmes
une abstraction !
Pfuitt !... Il s’agit bien de cela !!.. Sachez que :
« La crainte des pertes à la guerre est im
morale ». (lieulenant-Colonel Montaigne, Etudes
sur la guerre , page 233, Berger-Levrault, éditeur,
1911). v
ERMENONVILLE.
Les Classeurs dîmes
Le chasseur ne tire pas sur la bête lourde
de sa portée prochaine : il attend qu’elle ait
mis bas, alors il lui ravit ses petits et ricane
à l’idée de son désarroi quand elle retrouvera
son gîte vide. Le sentiment de vague pitié
qu’il éprouve, peut-être, au moment fatal
ne l’empêche pas de consommer le meurtre
et d’en tirer vanité. Les chasseurs sont peu
nombreux mais ils ont la force, celle de
leurs armes ou de leurs chiens et quand ils
poursuivent le cerf, ils savent bien, que
rendu de fatigue, l’animal va mourir, har
celé puis égorgé par la meute hurlante.
Mères, sachez qu'un petit groupe de
chasseurs d’hommes terrorise cette forêt
grouillante de vie qu’est le monde : dix
millions de victimes, vos fils, voilà quel fut
le bilan de leur dernière chasse, et sur ce
socle géant de chair, ils ont dressé la Gloire,
leur gloire, celle des canons, des tanks et
des mitrailleuses. La vue d’un seul de ces
cadavres — ou plutôt de ce qui reste d’un
homme couché depuis plusieurs années dans
la terre — bouleversa jusqu’à en mourir une
femme : sa mère, et cela c’est la grande
presse qui nous l’apprend. Hélas ! pas une
mère, mème’la plus patriote ne pourrait sup
porter la vision de ce mont dressé avec la chair
de sa chair, mais la plupart folles de douleur et
prises d’un tardif remords au souvenir de leur
inconsciente indulgence à l’égard du Milita
risme, maudiraient le jour où elles ont en
fanté pour le charnier. Tous les hommes de
pierre de nos cathédrales sur le sort des
quels on a tant gémi et écrit pendant la
guerre, rie valent pas un homme vivant,
n’importe lequel de tous ceux qu'animait la
chaleur d'un jeune sang et que l’on jeta sous
la pluie d’acier des canons, tandis qu'à
l’arrière on élevait des remparts de sacs de
sable, pour sauver le sourire figé des
hommes de pierre.
Les mères de toutes les classes sociales,
même celles qui n'ont pas lu Bergson, sentent
cela,, et pour que fût épargnée leur oeuvre
vivante, elles donneraient leur propre vie...
Mais le militarisme cruel et pervers, éloigne
les mères des tranchées sordides tandis qu’il
y pousse leurs enfants.
* ¥
Est-ce par humanité que le chasseur
épargne la femelle alors qu’il s’empare des
petits ? — Non. C’est seulement qu’il entend
se réserver le plaisir d’une autre chasse. Il
escompte froidement la portée nouvelle et il
l’avoue.
Mères, sachez que les chasseurs d’hommes
ne le disent pas mais font de même. A qui
fera-t-on croire, en effet, qu’on laisse en
arrière par humanité, la moitié du genre
humain alors qu’on a le sang-froid d’en en
voyer d’autre part des millions au massacre ?
Les chasseurs vous ménagent, femmes, à
cause de vos flancs féconds. Il faudra des
hommes encore pour la prochaine guerre,
quand celle du jour sera finie, alors vous êtes
pour ces .chasseurs 1 l’espoir de la chasse fu
ture ; ne le font-ils pas bien voir quand k ils
sollicitent à grands cris des enfants... pour
les casernes ?
D’ailleurs que fit le militarisme pour ré
compenser celles d’entre vous qui coopé
rèrent soit par crainte, soit par besoin de
dévoùment à la Victoire ? Aux féministes il
refusa le droit de vote, avec l’espoir duquel
il avait stimulé leur zèle pendant la guerre.
Aux femmes accablées d’un veuvage préma
turé, privées soudain de celui dont la pré
sence était joie et force, il donne une aumône
annuelle de 8oo frs : le prix du sang ; ces
chasseurs nous prennent-ils pour des Judas ?
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé
J’ai ouvert à mon bien-aimé,
Mais mon bien-aimé s’en est allé, il avait disparu ;
J’étais hors de moi quand il me parlait.
Je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé
Je l’ai appelé et il ne m’a pas répondu. [contrée
Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont ren-
11s m’ont frappée, ils m’ont blessée.
Oui, « ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ».
en troquant mon bien-aimé contre ces chiffons
de papier. L’histoire de « la dernière des -
guerres » racontée tous les jours pendant
quatre ans n’était qu’un mythe : la guerre
est terminée et il n’y a pas de paix pour les .
femmes, il n’y a pas de paix pour les mères,
on se préoccupe déjà de la prochaine guerre,
on dit cyniquement qu’elle sera plus atroce
que toutes les autres, car ces chasseurs sont
sans honneur : après avoir pris les pères en
jurant sous serment d’épargner les fils, ils
j préparent à présent une nouvelle chasse
I dont les petits des héros défunts seront les
victimes. Il n’y a pas de paix pour les femmes
que la misère au visage exsangue, accule au
suicide avec leurs enfants, dans un pays où
le militarisme dévore des milliards à l’en
tretien de ses armées, à la construction de
ses armements, aux voyages de ses maréchaux
et aux tombeaux de ses héros. Il n’y a pas
d’argent pour les vivants parce qu’on ne le
prodigue que pour la Mort.
★
* *
Femmes, souffrirez-vous que les géné
rations se succèdent et que ce crime contre
la Maternité et l’Amour se perpétue ? Toi
qui as des petits que demain les chasseurs
d hommes appelleront de force à la ca
serne, vas-tu, insouciante les combler de ca
resses et de soins sans songer que derrière
la porte de la chambre où l’enfant s’ébat, le
militarisme attend son heure ? Le nom de
tes fils, ne l’oublie pas, est inscrit sur ses re
gistres, il les tient, il les aura si tu ne sors
pas de ta torpeur.
Oui, réveille-toi, toi.qui dors, prends con
science de ta mission et de ta force. Ne flatte
pas les chasseurs d’hommes, ne t’agenouille
pa v s devant leur dieu : le Militarisme. Généra
trice de vie, qui abrites et allaites le genre
humain, travaille à hâter la venue d’un
monde de paix où le service militaire obli
gatoire — importation du militarisme
teuton — aura vécu, où la liberté de tuer ou
non sera reconnue. Tu aurais honte que
l’on apprft à t.on fils à voler, et tu ne ferais
rien pour empêcher qu'on lui apprit de force
à tuer ?
route complaisance de ta part envers le
Militarisme équivaut à une trahison ou à
une condamnation à mort que tu prononces
contre l’enfant confiant pendu à tes ma
melles. Rappelle-toi qu’il y a inimitié entre
le Militarisme et toi parce qu’il est la Haine
et tu es l’Amour, il est la Mort et tu es la
Vie, la Laideur et tu es la Beauté, la Bestia
lité et tu es la Poésie du Monde ; il est
l’affreuse Bête qui tant de fois te mordit au
talon mais dont tu écraseras la tête si tu ne
te doutes pas de la puissance.
Henriette DUMESNIL-HUCHET.
L'Amour Militariste
La guerre est un des plus
grands fléaux de l'huma
nité; elle détruit la religion,
l’çtat, la famille. En vérité
toutes les calamités lui sont
préférables. La famine et la
peste ne sont rien à côté
d’elle.
Martin Luther.
L’amour militariste comme toutes les
amours a ses audaces et aussi ses faiblesses. Il
a, enfin, les qualités de ses défauts.
Antimilitariste bon teint, je n’ai jamais eu
de haine pour les militaires ou du mépris
pour les armées de ce monde. Je sais que
parmi les soldats, il n’y a pas seulement des
gens braves mais encore de braves gens. Et
je m’honore d’avoir, au cours d’une vie déjà
longue, compté au nombre de mes meilleurs
amis, des officiers de tous grades. Jeune
homme j’ai connu les tristesses de la caserne,
j’en suis parti avec une grande joie mais sans
rancœur, ayant appris à estimer les supérieurs
avec lesquels j’étais en contact. Je suis donc
à même d’apprécier la loyauté et l’esprit de
sacrifice de ceux qui ne partagent pas mon
idéal de fraternité universelle.
Ma répulsion contre le militarisme vient
donc uniquement de ma révolte, non contre
les personnes, mais bien contre le service mili
taire obligatoire. La contrainte des corps me
paraît aussi odieuse que l’asservissement des
consciences. Le respect de la liberté indivi
duelle doit inspirer l’horreur de ce collecti
visme patriotique sur commande.
Et cependant, je comprends les adorateur?
de l’Armée, je sens l’impulsion qui les anime,
la hantise qui les tourmente : ils ont l’amour
militariste avec son fétichisme de l’uniforme,
son masochisme de la discipline et son
sadisme de la bataille. Dans cet amour là, il
y a du mysticisme, ils sont prêts à se jeter
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« l’internationale de l’amour »
Fondé en 1898, supprimé par Ja censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
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ADMINISTRATION
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
Adhérents . .
. . . 5 fr.
Les opinions exprimées sont
Henri HUCHET Marius DUMESNIL
Les souscriptions annuelles
Dr OUMESNlf
Actifs
Militants . . .
. . . ÎO fr.
. . 20 fr.
libres au service de la Vérité
et de la Paix.
COURBEVOIE (Seine)
sont indispensables pour la
propagande.
PARIS il 217.31
La Morale de la Guerre
déduite pat ses Ptofessionnels
— Le 10 février 1920, le général Serrigny, alors
sous-chef d’Etat-Major, nous faisait connaître par
le Journal que :
« De nos jours, les intérêts économiques
seuls peuvent déchaîner la guerre ; tout le
reste est prétexte ».
D’où il appert que les boniments solennels du
gouvernement et de sa valetaille académique et
journalistique sont des mensonges destines a servir
de prétextes. — Bien.
— Le général Cherfils écrivaitdans le Gaulois du
17 Juillet 1915 :
à l’Angleterre de déclarer la guerre ».
Ce qui nous apprend que parmi les prétextes il
eri est de diplomatiques. Eu effet, en même temps
qu’il confirmait à Jofîre le recul de 10 kilométrés,
M. Messimy lui télégraphiait, le 1 er août 1914, a 13
heures, que c’était « en vue de nous assurer la
collaboration de nos voisins anglais ». Et
J offre envoyait le lendemain aux chels de corps un
ordre motivartt ce recul : « Pour des raisons
nationales d’ordre moral et pour des raisons
impérieuses d’ordre diplomatique ».
— Fin 1911, le généralissime Michel, chet su
prême des armées françaises, présentant son rap -
port sur le plan de mobilisation générale, débutait
en ces termes :
« Le conflit d’intérêts entre l'Angleterre et
l’Allemagne va chaque jour grandissant et
peut, à un moment donné, nous entraîner
dans une guerre qui s’étendrait à une grande
partie des nations européennes ».
D’où il apparaissait déjà que nous ferions la»
guerre pour des intérêts qui ne seraient pas les
nôtres 1
— En 1913, le commandant de Civrieux fit un
livre : le Germanisme encerclé, dont le titre seul
indique que « l’Encerclement » n’est pas une invén-
tion boche. D’ailleurs, en vingt passages, l’auteur
le confirme, exemple : «la situation de puissance
encerclée faite à l’empire... » (page 70).
Dans cet ouvrage, le commandant disait :
« Sortant du splendide isolement, l’Angle
terre se doit de chercher un soldat sur le con
tinent. Contre l’Allemagne, ce soldat, le Fran
çais, est allié au Russe. Seule, la coalition
des puissances encerclant l’empire des Ho-
henzollern peut conserver aux successeurs
d’Elisabeth et de Victoria la domination des
mers occidentales ».
D’où se précise ce point, que « le conflit d’inté
rêts », qui n’étaient pas les nôtres, se concrétisait
en l’impérialisme maritime britannique que mena
çait l’expansion commerciale allemande. En effet,
le ci-dessus précité général Cherfils écrivait, ( op.
cil.) :
« II. semble bien que l’erreur la plus an
cienne de l’empereur d’Allemagne tient dans
cette parole : « Notre avenir est sur l’eau » ;
ce jour-là l’Empire allemand a été condamné
par l’Angleterre ».
De sorte que nous, Français, nous commençons
à savoir avec plus de précision pour quoi sont
morts nos fils !
Qu’eu pensent les prêtres qui font graver de
longues listes obi tuai res dans leurs églises avec ces
mots transfigurateurs : Morts pour la France ?
Au surplus, le président du Conseil, Glémenceau
a confirmé celle origine de la guerre, en son dis
cours au Sénat du 11 octobre 1919 :
« L’ex-empereur Guillaume II avait dit :
« Notre avenir est sur l’eau ». Voilà une
parole qui lui a coûté cher ! » (Journal Officiel.
12 Oct. 1919).
Encore faudrait-il voir ce qu’il en est de celte
assertion. Guillaume 11 vit de ses rentes, possède
tous ses rejetons et en procrée de nouveaux ;
George V a gardé son fils, et Glémenceau sa Smala ;
par contre : « les morts français sont les plus
nombreux » a avoué Poincaré, à Commercy, le
13 mai 1923. Dans ces conditions, à qui cela a-t-il
coûté \e plus cher ?...
— Si des « intérêts économiques » constituent
un but peu noble en soi et, dans tous les cas, sans
proportion ni commune mesure avec l’hécatombe
d’un peuple, que dire de son sacrifice pour des inté
rêts qui ne sont pas les siens ? ? C’est là qu’il en
faudra, des prétextes : Dernière des guerres ; dé
fendre le sol contre la sauvage agression ; sup
primer le militarisme, etc ! !
— Le général Maistre, présidant un. Conseil de
guerre, le 20 avril 1920, disait du haut de son
siège :
« La police du champ de bataille doit être
assurée énergiquement, en employant tous les
moyens, au besoin même les mitrailleuses. Il
est, en effet, indispensable de prouver à ceux
qui seraient tentés de filer, que le danger est
plus grand derrière que devant. » [Le Journal
21 avril ; Le Temps , 22 avril).
11 résulte à l’évidence de cette déclaration tactique
que ce qu’ils magnifient sous toutes sortes de for
mules où rentre le mot héroïsme, n’est autre chose
qu’une impitoyable organisation de la fuite en
avant. Mais que devient la dignité humaine dans
cet avilissemen t ? H n’y a de courageux et d’héroïque
que celui qui a la liberté de l’être ou de ne l’être
pas.
Eh bien, cette taylorisation des volontés doit
s’exercer aussi, par d’autres moyens, chez les non-
combattants. Les mitrailleuses des civils se nom
ment Mornet.
— « L’âme des foules se remue au gré des
désirs du gouvernement. L’Etat peut et doit
manier le sentiment public suivant les besoins
de la politique », dit le général Serrigny, sous-
chef d’Etat-inajor, déjà cité [Le Journal , 16 février
1920).
11 est bien vrai que nous avons une « immor
telle » Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen qui stipule en son article XXV que « La
Souveraineté réside dans le Peuple, etc... », et
qu’une Ligue réunit cent mille cotisants pour sa
défense ; mais si l’on considère comment le Sou
verain a été refrnué et manié au gré des désirs du
gouvernement de 1913 et 14 et des besoins de sa
politique, on se demande ce qu’il serait advenu de
pis si la Ligue avait été .constituée non pour le
défendre, miais pour le livrer.
— D’ailleurs, le général Serrigny et ses émules
qui, entretenus par le dit Souverain, travaillent
dans l’ombre des Etats-majors à le mater afin d’en
faire du « matériel humain », sont là pour en faire
le prochain essai, ffrran !...
Car :
«Les peuples ne désarmeront jamais, heu
reusement pour leur grandeur morale et la
beauté de la civilisation ». (général Cherfils,
Echo de Paris).
Et :
« La guerre a ressuscité en France le sens
de l’idéal et du divin ». (général Rebillot, Libre
1 arole , 13 déc. 1914).
Donc :
« Il est bon que nos enfants soient prêts, si
c’est nécessaire, à lutter de nouveau pour la
même cause ». général de Lacroix, Le Temps,
2 août 1919).
En conséquence, Femmes, faites des enfants. Ils
sont retenus et marqués d’avance, car :
« Leur vie ne leur appartient pas ; ils sont
les cellules mortelles de la France, qui ne
peut pas mourir... Ils disparaîtront peut-
être. Qu’importe puisque d’autres encore
viendront... » (capitaine Vidal, Le Pays , 2 nov.
1917).
Femmes, vous dis-je, faites des petits, et pour le
surplus fiez-vous à la Ligue...
Mais, direz-vous, il en coûte cher aux Français
de laisser constamment substituer à eux-mêmes
une abstraction !
Pfuitt !... Il s’agit bien de cela !!.. Sachez que :
« La crainte des pertes à la guerre est im
morale ». (lieulenant-Colonel Montaigne, Etudes
sur la guerre , page 233, Berger-Levrault, éditeur,
1911). v
ERMENONVILLE.
Les Classeurs dîmes
Le chasseur ne tire pas sur la bête lourde
de sa portée prochaine : il attend qu’elle ait
mis bas, alors il lui ravit ses petits et ricane
à l’idée de son désarroi quand elle retrouvera
son gîte vide. Le sentiment de vague pitié
qu’il éprouve, peut-être, au moment fatal
ne l’empêche pas de consommer le meurtre
et d’en tirer vanité. Les chasseurs sont peu
nombreux mais ils ont la force, celle de
leurs armes ou de leurs chiens et quand ils
poursuivent le cerf, ils savent bien, que
rendu de fatigue, l’animal va mourir, har
celé puis égorgé par la meute hurlante.
Mères, sachez qu'un petit groupe de
chasseurs d’hommes terrorise cette forêt
grouillante de vie qu’est le monde : dix
millions de victimes, vos fils, voilà quel fut
le bilan de leur dernière chasse, et sur ce
socle géant de chair, ils ont dressé la Gloire,
leur gloire, celle des canons, des tanks et
des mitrailleuses. La vue d’un seul de ces
cadavres — ou plutôt de ce qui reste d’un
homme couché depuis plusieurs années dans
la terre — bouleversa jusqu’à en mourir une
femme : sa mère, et cela c’est la grande
presse qui nous l’apprend. Hélas ! pas une
mère, mème’la plus patriote ne pourrait sup
porter la vision de ce mont dressé avec la chair
de sa chair, mais la plupart folles de douleur et
prises d’un tardif remords au souvenir de leur
inconsciente indulgence à l’égard du Milita
risme, maudiraient le jour où elles ont en
fanté pour le charnier. Tous les hommes de
pierre de nos cathédrales sur le sort des
quels on a tant gémi et écrit pendant la
guerre, rie valent pas un homme vivant,
n’importe lequel de tous ceux qu'animait la
chaleur d'un jeune sang et que l’on jeta sous
la pluie d’acier des canons, tandis qu'à
l’arrière on élevait des remparts de sacs de
sable, pour sauver le sourire figé des
hommes de pierre.
Les mères de toutes les classes sociales,
même celles qui n'ont pas lu Bergson, sentent
cela,, et pour que fût épargnée leur oeuvre
vivante, elles donneraient leur propre vie...
Mais le militarisme cruel et pervers, éloigne
les mères des tranchées sordides tandis qu’il
y pousse leurs enfants.
* ¥
Est-ce par humanité que le chasseur
épargne la femelle alors qu’il s’empare des
petits ? — Non. C’est seulement qu’il entend
se réserver le plaisir d’une autre chasse. Il
escompte froidement la portée nouvelle et il
l’avoue.
Mères, sachez que les chasseurs d’hommes
ne le disent pas mais font de même. A qui
fera-t-on croire, en effet, qu’on laisse en
arrière par humanité, la moitié du genre
humain alors qu’on a le sang-froid d’en en
voyer d’autre part des millions au massacre ?
Les chasseurs vous ménagent, femmes, à
cause de vos flancs féconds. Il faudra des
hommes encore pour la prochaine guerre,
quand celle du jour sera finie, alors vous êtes
pour ces .chasseurs 1 l’espoir de la chasse fu
ture ; ne le font-ils pas bien voir quand k ils
sollicitent à grands cris des enfants... pour
les casernes ?
D’ailleurs que fit le militarisme pour ré
compenser celles d’entre vous qui coopé
rèrent soit par crainte, soit par besoin de
dévoùment à la Victoire ? Aux féministes il
refusa le droit de vote, avec l’espoir duquel
il avait stimulé leur zèle pendant la guerre.
Aux femmes accablées d’un veuvage préma
turé, privées soudain de celui dont la pré
sence était joie et force, il donne une aumône
annuelle de 8oo frs : le prix du sang ; ces
chasseurs nous prennent-ils pour des Judas ?
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé
J’ai ouvert à mon bien-aimé,
Mais mon bien-aimé s’en est allé, il avait disparu ;
J’étais hors de moi quand il me parlait.
Je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé
Je l’ai appelé et il ne m’a pas répondu. [contrée
Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont ren-
11s m’ont frappée, ils m’ont blessée.
Oui, « ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ».
en troquant mon bien-aimé contre ces chiffons
de papier. L’histoire de « la dernière des -
guerres » racontée tous les jours pendant
quatre ans n’était qu’un mythe : la guerre
est terminée et il n’y a pas de paix pour les .
femmes, il n’y a pas de paix pour les mères,
on se préoccupe déjà de la prochaine guerre,
on dit cyniquement qu’elle sera plus atroce
que toutes les autres, car ces chasseurs sont
sans honneur : après avoir pris les pères en
jurant sous serment d’épargner les fils, ils
j préparent à présent une nouvelle chasse
I dont les petits des héros défunts seront les
victimes. Il n’y a pas de paix pour les femmes
que la misère au visage exsangue, accule au
suicide avec leurs enfants, dans un pays où
le militarisme dévore des milliards à l’en
tretien de ses armées, à la construction de
ses armements, aux voyages de ses maréchaux
et aux tombeaux de ses héros. Il n’y a pas
d’argent pour les vivants parce qu’on ne le
prodigue que pour la Mort.
★
* *
Femmes, souffrirez-vous que les géné
rations se succèdent et que ce crime contre
la Maternité et l’Amour se perpétue ? Toi
qui as des petits que demain les chasseurs
d hommes appelleront de force à la ca
serne, vas-tu, insouciante les combler de ca
resses et de soins sans songer que derrière
la porte de la chambre où l’enfant s’ébat, le
militarisme attend son heure ? Le nom de
tes fils, ne l’oublie pas, est inscrit sur ses re
gistres, il les tient, il les aura si tu ne sors
pas de ta torpeur.
Oui, réveille-toi, toi.qui dors, prends con
science de ta mission et de ta force. Ne flatte
pas les chasseurs d’hommes, ne t’agenouille
pa v s devant leur dieu : le Militarisme. Généra
trice de vie, qui abrites et allaites le genre
humain, travaille à hâter la venue d’un
monde de paix où le service militaire obli
gatoire — importation du militarisme
teuton — aura vécu, où la liberté de tuer ou
non sera reconnue. Tu aurais honte que
l’on apprft à t.on fils à voler, et tu ne ferais
rien pour empêcher qu'on lui apprit de force
à tuer ?
route complaisance de ta part envers le
Militarisme équivaut à une trahison ou à
une condamnation à mort que tu prononces
contre l’enfant confiant pendu à tes ma
melles. Rappelle-toi qu’il y a inimitié entre
le Militarisme et toi parce qu’il est la Haine
et tu es l’Amour, il est la Mort et tu es la
Vie, la Laideur et tu es la Beauté, la Bestia
lité et tu es la Poésie du Monde ; il est
l’affreuse Bête qui tant de fois te mordit au
talon mais dont tu écraseras la tête si tu ne
te doutes pas de la puissance.
Henriette DUMESNIL-HUCHET.
L'Amour Militariste
La guerre est un des plus
grands fléaux de l'huma
nité; elle détruit la religion,
l’çtat, la famille. En vérité
toutes les calamités lui sont
préférables. La famine et la
peste ne sont rien à côté
d’elle.
Martin Luther.
L’amour militariste comme toutes les
amours a ses audaces et aussi ses faiblesses. Il
a, enfin, les qualités de ses défauts.
Antimilitariste bon teint, je n’ai jamais eu
de haine pour les militaires ou du mépris
pour les armées de ce monde. Je sais que
parmi les soldats, il n’y a pas seulement des
gens braves mais encore de braves gens. Et
je m’honore d’avoir, au cours d’une vie déjà
longue, compté au nombre de mes meilleurs
amis, des officiers de tous grades. Jeune
homme j’ai connu les tristesses de la caserne,
j’en suis parti avec une grande joie mais sans
rancœur, ayant appris à estimer les supérieurs
avec lesquels j’étais en contact. Je suis donc
à même d’apprécier la loyauté et l’esprit de
sacrifice de ceux qui ne partagent pas mon
idéal de fraternité universelle.
Ma répulsion contre le militarisme vient
donc uniquement de ma révolte, non contre
les personnes, mais bien contre le service mili
taire obligatoire. La contrainte des corps me
paraît aussi odieuse que l’asservissement des
consciences. Le respect de la liberté indivi
duelle doit inspirer l’horreur de ce collecti
visme patriotique sur commande.
Et cependant, je comprends les adorateur?
de l’Armée, je sens l’impulsion qui les anime,
la hantise qui les tourmente : ils ont l’amour
militariste avec son fétichisme de l’uniforme,
son masochisme de la discipline et son
sadisme de la bataille. Dans cet amour là, il
y a du mysticisme, ils sont prêts à se jeter
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