Organe du Mouoement Pacifique Chrétien
« l’internationale de l’amour »
0 /
Fondé en 1898, supprimé par la censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
Adhérents
Actifs
Militants
5 fr.
1 O fr.
20 fr.
Les opinions exprimées sont
libres au service de la Vérité
et de la Paix.
Henri HUCHET Marius DÜMESNIL
COURBEVOIE (Seine)
Les souscriptions annuelles
sont indispensables pour la
propagande.
Dr DÜMESNIL
PARIS n* 217.31
La Guerre est
à nos portes
Nous sommes en guerre !
Nous tenons la Ruhr avec 60.000 soldats,
des canons, des tanks, des mitrailleuses !
Résultats :
Haine grandissante contre nous. « L’union
sacrée » se refait en Allemagne contre l’en
vahisseur. Les militaristes revanchards re
viennent à la tête du Reich et les pacifistes
sont refoulés.
Le mécontentement contre nous grandit en
Europe. La Hollande supprime renseignement
du français dans ses lycées. La Suisse vient
de s’opposer à nous par un referendum. En
Angleterre, en Italie, en Suède, des manifes
tations anti-françaises ont lieu. En'Amérique
80 à 90 0/0 de l’opinion est contre nous. Et
chez nous, la vie augmente et les impôts!
Cette situation ne peut durer. — La misère
et les haines vont provoquer une explosion.
Provocations et représailles, punitions et ré
sistance, îevanche et contre-revanche, c’est le
cycleinfernal de la violence, c’est la maréede
sang qui monte et qui va déferler.
Les allemands résistent [de plus en plus.
La politique de notre gouvernement va l’ame
ner à nous mobiliser progressivement pour les
dompter. Et, jour après jour, l’Europe va se
trouver entraînée dans la guerre, puis les ré
volutions, la famine et l’anarchie.
Voilà l’aboutissant de la politique du
« génie maljaisant » dont le nom est un pro
gramme ;
Poincaré
qui disait publiquement le jour où il prit la
présidence de la République :
((.JE NE REDOUTE PAS LA GUERRE ))
Poincaré
qui aux fêtes de la Victoire, du haut de son
estrade dressée sur quinze cent mille morts,
savourait
ft UNE MINUTE DIVINE ))
Eh bien! si le .peuple de France est avachi
au point de ne pas se dresser d’un bloc pour
hurler son indignation contre cette politique
criminelle, nous du moins nous crions à tous
ceux qui ont des oreilles pour entendre :
« Devant le cynisme de nos gouvernants
qui manquent sans pudeur à toutes leurs pro
messes, qui démentent par leurs actes leurs
discours, qui refusent de rendre compte au
pays de leurs tractations, qui jouent de notre
sort avec un mépris absolu des droits et des
vies des citoyens, qui refusent de recourir aux'
moyens équitables et pacifiques propres à re
construire l’Europe et rétablir l’équilibre du
monde, qui, par leur criminel et fol entête
ment préparent à bref délai la guerre, la ruine,
une désolation sans précédent; devant ces
faits, le Mouvement Pacifique Chrétien, crie
sa protestation la plus indignée et en appelle
à la conscience et au cœur de tous les hommes
et de toutes les femmes que n’aveugle pas la
passion chauvine pour se dresser unanimes
contre la politique de dissimulation, de vio
lence, et de haine, et imposer à nos repré
sentants le respect et la mise en pratique des
principes de vérité, de justice et de paix qui
sont le meilleur de l’idéal français et l’aspira- ,
tion la plus réelle de l’humanité ».
Aux Chrétiens il dit ^
Saisissez cette occasion de sortir de votre
apathie, de votre coupable complaisance à
l’égard du militarisme. Abandonnez enfin vos
parti-pris nationalistes et montrez « de quel
esprit vous êtes ». Protestants souvenez-vous
du courage des premiers Réformateurs, et vous,
catholiques, prêtez l’oreille à la voix du Pape
Pie XI qui vient de rappeler urbi et orbi que ;
« tous les peuples en tant que parties de la !
grande famille humaine sont liés entre eux :
par la fraternité ».
Paris, le 1 er Mars 1923.
Au nom du Mouvement Pacifique Chrétien,
Henri HUCHET, Marius DÜMESNIL, Gustave DUPIN, :
GRILLOT de GIVRY, Henriette DUMESNIL-HUCHET !
Progrès
et Humanité
Les progrès de la téléphonie sans fil sont
fantastiques: certaine maison de Paris vend
dit-on une moyenne quotidienne de 60.000
francs d’appareils ! Ce merveilleux mo
derne qui a surgi presque subitement a ceci
d’extraordinaire que tous les foyers du monde
civilisé peuvent en être les heureux bénéfi
ciaires. La vulgarisation rapide des applica
tions scientifiques et en particulier de la té
léphonie sans fil, est en effet un des faits les
plus caractéristiques de l’époque actuelle. Que
vous parcouriez n’importe quelle partie du
monde, des gens de toutes conditions pour
suivent la même idée : installer un poste,
poser une antenne, chercher l’endroit le
plus propice de la demeure à la captation
des ondes sonores. L’enthousiasme est gé
néral, les gens qui besognent tout le jour se
privent de quelques heures de sommeil,
qu'ils consacrent à l’installation de l’appareil
qui leur transmettra la musique de la capi
tale lointaine. Que partout la science trouve
des esprits réceptifs pour la comprendre et
l’appliquer, cela nous paraît naturel. Per
sonne n'est choqué de pouvoir entendre à
Paris un concert émis par Vienne ou par
Berlin. La musique remplit les airs à peine
délivrés du bruit des canons, elle ne connaît
pas les frontières et d’où qu’elle vienne on
la reçoit en messagère de joie et de beauté.
Mais pourquoi faut-il que l’esprit humain
ne veuille pas pousser plus avant sa libéra
tion ? Comment se fait-il que travaillant à
supprimer la notion de distance et à lancer
des ondes d’union à travers l’espace, il
puisse demeurer tout de même enfermé
dans la forteresse de ses préjugés sentimen
taux, dont les murs sont si hauts que le
soleil de la vie n’y pénètre plus ?
Ainsi presque tous les hommes partici
pant aux mêmes découvertes de l’intelli
gence, frères dans la science qui leur dis
pense les mêmes possibilités de domination
sur les forces naturelles, unis par la commu
nion des mêmes émotions esthétiques, s’at
tardent dans une ignorance telle, de peuple
'à peuple, qu’on peut les duper jusqu’au
point de les faire se haïr et s’entretuer.
Ils savent bien, les . faux-bergers des na
tions, que la science, impersonnelle et uni
verselle dans ses applications ne connaît
pas de pays mais qu’elle est la gloire de
tout le genre humain. Alors impuissants
contre l’embrasement général de l’esprit, ils
ont eux-mêmes dressé autour de chaque
homme cette barrière de haine. Sentant la
folie d’une attaque de front contre le travail
libérateur de l’intelligence, ils ont rassemblé
tous leurs efforts pour saper sans relâche par
leurs paroles et leurs écrits la force de
l’Amour international. Devenus maîtres des
cœurs, ils ont atteint par ce chemin détourné
l’esprit. Psychologues roués, connaisseurs et
des plus fins de l’humaine nature, ils font
état d’abord des sentiments les plus nobles,
ils les exploitent, les déforment et les
ébranlent, si bien qu’à l’heure où ils leur
plaît de donner des raisons pour sauver la
logique, presque tous les braves gens ac
cueillent ce semblant de vérité avec un parti
pris sentimental qui les empêche d’en
apercevoir les sophismes. Voilà pourquoi
sur ce monde moderne tout vibrant de harpes
éoliennes géantes, de belles intelligences
s’adonnent encore — criminelles incons
cientes — à la découverte de nouveaux en
gins pour la prochaine dernière guerre ,
voila’ pourquoi la presse peut impunément
affirmer son désir de paix et se réjouir de
voir achevé l’avion géa,qt destiné aux futurs
bombardements des civils.
Les faux-bergers ont détourné à leur pro
fit les sentiments humains les plus innés, ils
ont dénaturé les hommes ; ils ont créé une
civilisation monstrueuse qui a commis sep
tante fois sept fois plus de meurtres que les
peuplades qu’elle désigne sous le nom de
sauvages. La divine musique, elle est captée
sur des chars de guerre, sur les tanks
énormes que sont devenues les nations mo
dernes.
Garde ton cœur plus que tout autre chose
car c'est de lui que procèdent les sources de la
vie, dit le vieux livre. N’est-ce point parce-que
les hommes d’Etat et les diplomates ont plus
ou moins souri avec dédain de cette éternelle
vérité, qu’aujourd’hui dix millions de ca
davres sont couchés sous la terre pesante ou
engloutis par les flots de tous les océans du
monde. Semble-t-on écœuré de cette héca
tombe au point de chercher par tous les
moyens à en éviter le retour possible ? Il n’y
paraît guère : Notre civilisation continue à
s’appuyer sur le Militarisme, le plus zélé ser
viteur de la Mort, le seul qui fasse à la hi
deuse Messagère des holocaustes de millions
d’êtres en pleine sève. Lisez la prose plus ou
moins officielle : on s’y plaint de la dépopu
lation parce qu’on veut remplir les casernes
et lorsque la Patrie envoie à ses enfants de
pathétiques appels à l’union, lorsqu’elle se dé
clare leur mère— ô sacrilège — c’est qu’elle
a décidé de leur mettre en main la baïon
nette. Enfin chaque fois qu’elle réclame
d’eux une confiance aveugle, c’est qu’elle
trame dans l’ombre quelque expédition mili
taire.
Pour mettre un terme à de pareilles abo
minations sur Desquelles les convenances et
les habitudes du langage civilisé s’entendent
pour jeter un voile élégant— que nous n’ar
racherons pas au premier geste d’indigna
tion — il nous faut gagner partout des forces
d’Amour impavides et libres. Il nous faut
des mères d’une humanité inébranlable et
que jamais les « bourreurs de crâne » ne
pourront convaincre, qu’elle est belle pour
Meurs petits la perspective de devenir (en
langage officiel ) : des nettoyeurs de tranchées ;
il nous faut des épouses soulevées de dégoût
et d’horreùr à l’idée qu’une guerre suffit à
transformer en un fratricide de métier
l’homme qui partage leur couche ; il nous
faut des pères, des frères, des fils demeurés
assez humains pour sentir la révolte gronder
en leur cœur, quand on les méprise assez
pour oser les jeter comme des chiens les
uns contre les autres. Souvenez-vous qu’au
cours de la dernière guerre, les hommes s e
sautaient à la gorge et se mordaient comme
des. bêtes furieuses.
Oui, que la Science s’étende, que les dé
couvertes pacifiques de l’esprit se multiplient
mais que les cœurs s’humanisent en même
temps; que la. musique des airs trouve
bientôt pour la recevoir des âmes apaisées et
fraternelles sur toute l’étendue de la terre.
Henriette DUMESNIL-HUCHET.
line üolonté de Paix
| La Manifestation du 22 Février
J’ai en maintes occasions et ici-même assez
; vertement critiqué les représentants officiels du
Pacifisme et les Congrès de la Paix, pour croire
s qu’on ne m’accusera pas de complaisance si je leur
! adresse aujourd’hui des éloges.
Le banquet du 22 février 1923 qui réunissait à
l’IIôtel des Sociétés Savantes environ 150 pacifistes
fut vraiment une belle démonstration. 11 y régnait
une atmosphère de sérieux qui élimina toute décla-
: mation et tout verbiage. Le fait est à noter. On y
j parla clairement ; jamais en nos banquets je n’ouïs
| d’aussi bonnes paroles. Je ne puis tout résumer,
i les exigences typographiques m’obligent à glaner
I seulement.
Le Sénateur La Fontaine de Bruxelles présidait.
Il exprima sa tristesse de voir qu’aujourd’hui l’huma
nité avait encore des espérances mais pas de volonté
pour les réaliser. Les seuls hommes ayant de la volonté
sont sans espérance, ils n’ont que des appétits : appétit
du pouvoir, appétit de l’argent. L’espoir des pacifistes
est aujourd’hui dans les masses ouvrières qui com
mencent à s’intéresser à l’organisation pacifique du
monde.
M. Henri Guernut secrétaire général de la Ligue
des Droits de l’Homme après avoir souligné le
devoir pour l’Allemagne de réparer affirma cepen
dant que :
Nous ne pouvons annexer un territoire allemand.
C’est pourquoi en tant que Français il proteste contre
l’occupation de la Ruhr parce que « on commence par
saisir et on finit par conserver » D’autre part, on ne
se fait pas justice soi-même, on soumet son différend
à un juge. Quand on a proclamé pendant quatre
ans qu’on faisait la dernière des guerres on ne s’aven
ture pas dans la Ruhr. Quand on a proclamé qu’on
faisait la guerre du Droit on place d’abord et au-dessus
de tout la Justice.
M. Politis ancien ministre de Grèce dépeignit
l’état lamentable de son pays et de l’Asie Mineure
à la suite de la guerre — M. Violette, ancien député
constata avec mélancolie l’état de prostration géné
rale qui fait -que la plupart des hommes n’ont
plus que la préoccupation de vivre au jour le jour,
mais il affirma quand même son invincible espoir
dans la résurrection de l’humanité.
Marc Sangnier dont la puissante éloquence n’est
que le reflet de sa grande âme prononça des paroles
dignes de lui et dignes de la Cause de la Pabx.
Quand nous étions dans les tranchées nous croyions
naïvement que nous allions tuer la guerre. Je l’ai cru
aussi dit-il, et je dois confesser mon erreur. J’ai cru
que l’humanité serait à jamais dégoûtée du sang.
Erreur étrange ! La violence ne peut engendrer que la
violence.
Voilà une noble déclaration. Marc Sangnier est
à notre connaissance le seul chrétien en France
qui ait publiquement, dans ses discours et ses
articles, reconnu son erreur et l’illusion dont il fut
victime. Honneur à lui ! Puisse son exemple être
suivi par les prêtres et les pasteurs qui continuent
à vouloir être à la fois bellicistes et pacifistes.
On ne peut jouir de la Paix, continua Marc San
gnier, sans l’avoir conquise eton ne la conquiert qu’en
développant dans le monde l’esprit de paix et l’amour
de la paix.
De même qu'on a préparé et soutenu la guerre par
le « bourrage de crâne », nous devons faire la prépa
ration psychologique de la paix.
Il faut avoir le courage de ses convictions pacifiques
et ne pas craindre l’impopularité. Il faut avoir foi dans
la Paix.
Si c’est l’esprit de violence et de guerre qui l’emporte
ce sera le triomphe de l’Allemagne militariste que nous
combattions et quoique militairement vainqueurs c’est
nous qui en réalité serons les vaincus puisque l’idéal de
la France aura péri.
Tout ceci n’est qu’un pâle résumé. Du discours
de Jean Longuet bien intéressant par les documents
qu’il nous apportait sur l’Amérique je ne puis citer
que ceci :
La seule propagande anti-française efficace en Amé
rique est celle qui est faite par la politique de M. Poin
caré ». C’est la déclaration que fit à Longuet le direc
teur d’un grand journal de New-York.
Le Colonel Métois parla sans réticences. Il montra
que la patrie n’est qu’une entité métaphysique
inventée pour servir au culte patriotique. Il parla
comme GriIlot de Givry. Donc nous sommes
d’accord avec lui
Enfin, pour terminer, le professeur C. Richet
montra spirituellement que ceux qui nous traitaient
d’utopistes et de rêveurs n’avaient plus qu’à se
taire.
A quoi ont-ils abouti ces réalistes, ces politiques,
ces gens sérieux ? A ceci : la banqueroute, et quinze
millions de cadavres. Devant ce résultat ils peuvent
passer la main aux idéalistes.
Il nous faut terminer, mais, prs avant d’avoir
félicité et remercié Lucien Le Foyer qui ne parla
pas mais agit, car c’est lui qui eut la charge d’orga
niser le banquet.
•Puisse sortir de cette manifestation une entente
effective entre tous les pacifistes pour une action
commune précise contre la guerre qui revient.
D r M. DÜMESNIL.
l/y
\
■r
« l’internationale de l’amour »
0 /
Fondé en 1898, supprimé par la censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
Adhérents
Actifs
Militants
5 fr.
1 O fr.
20 fr.
Les opinions exprimées sont
libres au service de la Vérité
et de la Paix.
Henri HUCHET Marius DÜMESNIL
COURBEVOIE (Seine)
Les souscriptions annuelles
sont indispensables pour la
propagande.
Dr DÜMESNIL
PARIS n* 217.31
La Guerre est
à nos portes
Nous sommes en guerre !
Nous tenons la Ruhr avec 60.000 soldats,
des canons, des tanks, des mitrailleuses !
Résultats :
Haine grandissante contre nous. « L’union
sacrée » se refait en Allemagne contre l’en
vahisseur. Les militaristes revanchards re
viennent à la tête du Reich et les pacifistes
sont refoulés.
Le mécontentement contre nous grandit en
Europe. La Hollande supprime renseignement
du français dans ses lycées. La Suisse vient
de s’opposer à nous par un referendum. En
Angleterre, en Italie, en Suède, des manifes
tations anti-françaises ont lieu. En'Amérique
80 à 90 0/0 de l’opinion est contre nous. Et
chez nous, la vie augmente et les impôts!
Cette situation ne peut durer. — La misère
et les haines vont provoquer une explosion.
Provocations et représailles, punitions et ré
sistance, îevanche et contre-revanche, c’est le
cycleinfernal de la violence, c’est la maréede
sang qui monte et qui va déferler.
Les allemands résistent [de plus en plus.
La politique de notre gouvernement va l’ame
ner à nous mobiliser progressivement pour les
dompter. Et, jour après jour, l’Europe va se
trouver entraînée dans la guerre, puis les ré
volutions, la famine et l’anarchie.
Voilà l’aboutissant de la politique du
« génie maljaisant » dont le nom est un pro
gramme ;
Poincaré
qui disait publiquement le jour où il prit la
présidence de la République :
((.JE NE REDOUTE PAS LA GUERRE ))
Poincaré
qui aux fêtes de la Victoire, du haut de son
estrade dressée sur quinze cent mille morts,
savourait
ft UNE MINUTE DIVINE ))
Eh bien! si le .peuple de France est avachi
au point de ne pas se dresser d’un bloc pour
hurler son indignation contre cette politique
criminelle, nous du moins nous crions à tous
ceux qui ont des oreilles pour entendre :
« Devant le cynisme de nos gouvernants
qui manquent sans pudeur à toutes leurs pro
messes, qui démentent par leurs actes leurs
discours, qui refusent de rendre compte au
pays de leurs tractations, qui jouent de notre
sort avec un mépris absolu des droits et des
vies des citoyens, qui refusent de recourir aux'
moyens équitables et pacifiques propres à re
construire l’Europe et rétablir l’équilibre du
monde, qui, par leur criminel et fol entête
ment préparent à bref délai la guerre, la ruine,
une désolation sans précédent; devant ces
faits, le Mouvement Pacifique Chrétien, crie
sa protestation la plus indignée et en appelle
à la conscience et au cœur de tous les hommes
et de toutes les femmes que n’aveugle pas la
passion chauvine pour se dresser unanimes
contre la politique de dissimulation, de vio
lence, et de haine, et imposer à nos repré
sentants le respect et la mise en pratique des
principes de vérité, de justice et de paix qui
sont le meilleur de l’idéal français et l’aspira- ,
tion la plus réelle de l’humanité ».
Aux Chrétiens il dit ^
Saisissez cette occasion de sortir de votre
apathie, de votre coupable complaisance à
l’égard du militarisme. Abandonnez enfin vos
parti-pris nationalistes et montrez « de quel
esprit vous êtes ». Protestants souvenez-vous
du courage des premiers Réformateurs, et vous,
catholiques, prêtez l’oreille à la voix du Pape
Pie XI qui vient de rappeler urbi et orbi que ;
« tous les peuples en tant que parties de la !
grande famille humaine sont liés entre eux :
par la fraternité ».
Paris, le 1 er Mars 1923.
Au nom du Mouvement Pacifique Chrétien,
Henri HUCHET, Marius DÜMESNIL, Gustave DUPIN, :
GRILLOT de GIVRY, Henriette DUMESNIL-HUCHET !
Progrès
et Humanité
Les progrès de la téléphonie sans fil sont
fantastiques: certaine maison de Paris vend
dit-on une moyenne quotidienne de 60.000
francs d’appareils ! Ce merveilleux mo
derne qui a surgi presque subitement a ceci
d’extraordinaire que tous les foyers du monde
civilisé peuvent en être les heureux bénéfi
ciaires. La vulgarisation rapide des applica
tions scientifiques et en particulier de la té
léphonie sans fil, est en effet un des faits les
plus caractéristiques de l’époque actuelle. Que
vous parcouriez n’importe quelle partie du
monde, des gens de toutes conditions pour
suivent la même idée : installer un poste,
poser une antenne, chercher l’endroit le
plus propice de la demeure à la captation
des ondes sonores. L’enthousiasme est gé
néral, les gens qui besognent tout le jour se
privent de quelques heures de sommeil,
qu'ils consacrent à l’installation de l’appareil
qui leur transmettra la musique de la capi
tale lointaine. Que partout la science trouve
des esprits réceptifs pour la comprendre et
l’appliquer, cela nous paraît naturel. Per
sonne n'est choqué de pouvoir entendre à
Paris un concert émis par Vienne ou par
Berlin. La musique remplit les airs à peine
délivrés du bruit des canons, elle ne connaît
pas les frontières et d’où qu’elle vienne on
la reçoit en messagère de joie et de beauté.
Mais pourquoi faut-il que l’esprit humain
ne veuille pas pousser plus avant sa libéra
tion ? Comment se fait-il que travaillant à
supprimer la notion de distance et à lancer
des ondes d’union à travers l’espace, il
puisse demeurer tout de même enfermé
dans la forteresse de ses préjugés sentimen
taux, dont les murs sont si hauts que le
soleil de la vie n’y pénètre plus ?
Ainsi presque tous les hommes partici
pant aux mêmes découvertes de l’intelli
gence, frères dans la science qui leur dis
pense les mêmes possibilités de domination
sur les forces naturelles, unis par la commu
nion des mêmes émotions esthétiques, s’at
tardent dans une ignorance telle, de peuple
'à peuple, qu’on peut les duper jusqu’au
point de les faire se haïr et s’entretuer.
Ils savent bien, les . faux-bergers des na
tions, que la science, impersonnelle et uni
verselle dans ses applications ne connaît
pas de pays mais qu’elle est la gloire de
tout le genre humain. Alors impuissants
contre l’embrasement général de l’esprit, ils
ont eux-mêmes dressé autour de chaque
homme cette barrière de haine. Sentant la
folie d’une attaque de front contre le travail
libérateur de l’intelligence, ils ont rassemblé
tous leurs efforts pour saper sans relâche par
leurs paroles et leurs écrits la force de
l’Amour international. Devenus maîtres des
cœurs, ils ont atteint par ce chemin détourné
l’esprit. Psychologues roués, connaisseurs et
des plus fins de l’humaine nature, ils font
état d’abord des sentiments les plus nobles,
ils les exploitent, les déforment et les
ébranlent, si bien qu’à l’heure où ils leur
plaît de donner des raisons pour sauver la
logique, presque tous les braves gens ac
cueillent ce semblant de vérité avec un parti
pris sentimental qui les empêche d’en
apercevoir les sophismes. Voilà pourquoi
sur ce monde moderne tout vibrant de harpes
éoliennes géantes, de belles intelligences
s’adonnent encore — criminelles incons
cientes — à la découverte de nouveaux en
gins pour la prochaine dernière guerre ,
voila’ pourquoi la presse peut impunément
affirmer son désir de paix et se réjouir de
voir achevé l’avion géa,qt destiné aux futurs
bombardements des civils.
Les faux-bergers ont détourné à leur pro
fit les sentiments humains les plus innés, ils
ont dénaturé les hommes ; ils ont créé une
civilisation monstrueuse qui a commis sep
tante fois sept fois plus de meurtres que les
peuplades qu’elle désigne sous le nom de
sauvages. La divine musique, elle est captée
sur des chars de guerre, sur les tanks
énormes que sont devenues les nations mo
dernes.
Garde ton cœur plus que tout autre chose
car c'est de lui que procèdent les sources de la
vie, dit le vieux livre. N’est-ce point parce-que
les hommes d’Etat et les diplomates ont plus
ou moins souri avec dédain de cette éternelle
vérité, qu’aujourd’hui dix millions de ca
davres sont couchés sous la terre pesante ou
engloutis par les flots de tous les océans du
monde. Semble-t-on écœuré de cette héca
tombe au point de chercher par tous les
moyens à en éviter le retour possible ? Il n’y
paraît guère : Notre civilisation continue à
s’appuyer sur le Militarisme, le plus zélé ser
viteur de la Mort, le seul qui fasse à la hi
deuse Messagère des holocaustes de millions
d’êtres en pleine sève. Lisez la prose plus ou
moins officielle : on s’y plaint de la dépopu
lation parce qu’on veut remplir les casernes
et lorsque la Patrie envoie à ses enfants de
pathétiques appels à l’union, lorsqu’elle se dé
clare leur mère— ô sacrilège — c’est qu’elle
a décidé de leur mettre en main la baïon
nette. Enfin chaque fois qu’elle réclame
d’eux une confiance aveugle, c’est qu’elle
trame dans l’ombre quelque expédition mili
taire.
Pour mettre un terme à de pareilles abo
minations sur Desquelles les convenances et
les habitudes du langage civilisé s’entendent
pour jeter un voile élégant— que nous n’ar
racherons pas au premier geste d’indigna
tion — il nous faut gagner partout des forces
d’Amour impavides et libres. Il nous faut
des mères d’une humanité inébranlable et
que jamais les « bourreurs de crâne » ne
pourront convaincre, qu’elle est belle pour
Meurs petits la perspective de devenir (en
langage officiel ) : des nettoyeurs de tranchées ;
il nous faut des épouses soulevées de dégoût
et d’horreùr à l’idée qu’une guerre suffit à
transformer en un fratricide de métier
l’homme qui partage leur couche ; il nous
faut des pères, des frères, des fils demeurés
assez humains pour sentir la révolte gronder
en leur cœur, quand on les méprise assez
pour oser les jeter comme des chiens les
uns contre les autres. Souvenez-vous qu’au
cours de la dernière guerre, les hommes s e
sautaient à la gorge et se mordaient comme
des. bêtes furieuses.
Oui, que la Science s’étende, que les dé
couvertes pacifiques de l’esprit se multiplient
mais que les cœurs s’humanisent en même
temps; que la. musique des airs trouve
bientôt pour la recevoir des âmes apaisées et
fraternelles sur toute l’étendue de la terre.
Henriette DUMESNIL-HUCHET.
line üolonté de Paix
| La Manifestation du 22 Février
J’ai en maintes occasions et ici-même assez
; vertement critiqué les représentants officiels du
Pacifisme et les Congrès de la Paix, pour croire
s qu’on ne m’accusera pas de complaisance si je leur
! adresse aujourd’hui des éloges.
Le banquet du 22 février 1923 qui réunissait à
l’IIôtel des Sociétés Savantes environ 150 pacifistes
fut vraiment une belle démonstration. 11 y régnait
une atmosphère de sérieux qui élimina toute décla-
: mation et tout verbiage. Le fait est à noter. On y
j parla clairement ; jamais en nos banquets je n’ouïs
| d’aussi bonnes paroles. Je ne puis tout résumer,
i les exigences typographiques m’obligent à glaner
I seulement.
Le Sénateur La Fontaine de Bruxelles présidait.
Il exprima sa tristesse de voir qu’aujourd’hui l’huma
nité avait encore des espérances mais pas de volonté
pour les réaliser. Les seuls hommes ayant de la volonté
sont sans espérance, ils n’ont que des appétits : appétit
du pouvoir, appétit de l’argent. L’espoir des pacifistes
est aujourd’hui dans les masses ouvrières qui com
mencent à s’intéresser à l’organisation pacifique du
monde.
M. Henri Guernut secrétaire général de la Ligue
des Droits de l’Homme après avoir souligné le
devoir pour l’Allemagne de réparer affirma cepen
dant que :
Nous ne pouvons annexer un territoire allemand.
C’est pourquoi en tant que Français il proteste contre
l’occupation de la Ruhr parce que « on commence par
saisir et on finit par conserver » D’autre part, on ne
se fait pas justice soi-même, on soumet son différend
à un juge. Quand on a proclamé pendant quatre
ans qu’on faisait la dernière des guerres on ne s’aven
ture pas dans la Ruhr. Quand on a proclamé qu’on
faisait la guerre du Droit on place d’abord et au-dessus
de tout la Justice.
M. Politis ancien ministre de Grèce dépeignit
l’état lamentable de son pays et de l’Asie Mineure
à la suite de la guerre — M. Violette, ancien député
constata avec mélancolie l’état de prostration géné
rale qui fait -que la plupart des hommes n’ont
plus que la préoccupation de vivre au jour le jour,
mais il affirma quand même son invincible espoir
dans la résurrection de l’humanité.
Marc Sangnier dont la puissante éloquence n’est
que le reflet de sa grande âme prononça des paroles
dignes de lui et dignes de la Cause de la Pabx.
Quand nous étions dans les tranchées nous croyions
naïvement que nous allions tuer la guerre. Je l’ai cru
aussi dit-il, et je dois confesser mon erreur. J’ai cru
que l’humanité serait à jamais dégoûtée du sang.
Erreur étrange ! La violence ne peut engendrer que la
violence.
Voilà une noble déclaration. Marc Sangnier est
à notre connaissance le seul chrétien en France
qui ait publiquement, dans ses discours et ses
articles, reconnu son erreur et l’illusion dont il fut
victime. Honneur à lui ! Puisse son exemple être
suivi par les prêtres et les pasteurs qui continuent
à vouloir être à la fois bellicistes et pacifistes.
On ne peut jouir de la Paix, continua Marc San
gnier, sans l’avoir conquise eton ne la conquiert qu’en
développant dans le monde l’esprit de paix et l’amour
de la paix.
De même qu'on a préparé et soutenu la guerre par
le « bourrage de crâne », nous devons faire la prépa
ration psychologique de la paix.
Il faut avoir le courage de ses convictions pacifiques
et ne pas craindre l’impopularité. Il faut avoir foi dans
la Paix.
Si c’est l’esprit de violence et de guerre qui l’emporte
ce sera le triomphe de l’Allemagne militariste que nous
combattions et quoique militairement vainqueurs c’est
nous qui en réalité serons les vaincus puisque l’idéal de
la France aura péri.
Tout ceci n’est qu’un pâle résumé. Du discours
de Jean Longuet bien intéressant par les documents
qu’il nous apportait sur l’Amérique je ne puis citer
que ceci :
La seule propagande anti-française efficace en Amé
rique est celle qui est faite par la politique de M. Poin
caré ». C’est la déclaration que fit à Longuet le direc
teur d’un grand journal de New-York.
Le Colonel Métois parla sans réticences. Il montra
que la patrie n’est qu’une entité métaphysique
inventée pour servir au culte patriotique. Il parla
comme GriIlot de Givry. Donc nous sommes
d’accord avec lui
Enfin, pour terminer, le professeur C. Richet
montra spirituellement que ceux qui nous traitaient
d’utopistes et de rêveurs n’avaient plus qu’à se
taire.
A quoi ont-ils abouti ces réalistes, ces politiques,
ces gens sérieux ? A ceci : la banqueroute, et quinze
millions de cadavres. Devant ce résultat ils peuvent
passer la main aux idéalistes.
Il nous faut terminer, mais, prs avant d’avoir
félicité et remercié Lucien Le Foyer qui ne parla
pas mais agit, car c’est lui qui eut la charge d’orga
niser le banquet.
•Puisse sortir de cette manifestation une entente
effective entre tous les pacifistes pour une action
commune précise contre la guerre qui revient.
D r M. DÜMESNIL.
l/y
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