25 e ANNEE
Nouvelle Séné
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r Trimestre 1923
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VA
Organe du Mouoemenf Pacifique Chrétien
TRIMESTRIEL
.... ' « l’internationale de l’amour » i *
Fondé en 1898, supprimé par la censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
Adhérent 5 tr,
Actif ÎO fr.
Militant 20 fr.
RÉDACTION
DIRECTION :
—
Pasteur Henri HUCHET
Les opinions exprimées sont
libres au service de la Vérité
Docteur ’Marius DUMESNIL
et de la Paix.
COURBEVOIE [Seine)
ADMINISTRATION
Les souscriptions annuelles
sont indispensables pour la
propagande.
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
D r DU MESNIL
PARIS n- 217.31
Le Groupe Concordia
Tous les pacifistes, tous ceux qui rêvent de
voir un jour la cessation des guerres, l’aboli
tion du militarisme 'et la fraternisation des
peuples, et qui se refusent à entretenir les
haines fratricides des nations, ont souvent
gémi de leur impuissance à faire quelque
chose de vraiment utile dans ce noble but.
— Que puis-je faire? Comment employer
mon activité? vous êtes-vous dit souvent ; je
ne suis ni homme politique ni diplomate; je
n’ai aucune influence dans les hautes sphères
gouvernementales. Vais je m’attaquer à l’é
norme machine de l’armée? La démolir!
c’est la lutte du pygmée contre le géant. Crier
dans la rue: « A bas le militarisme ! Vive la
paix? » C’est m’exposer à passer la nuit pro
chaine au poste, sans utilité aucune. Refuser
le service militaire ? Ce n’est pas toujours très
pratique ni très commode. Adresser des mé
moires à la Société des dations? Ils seront mis
au panier. <
— Quoi donc alors?
Après avoir tourné et retourné la question
dans tous les sens, vous ne trouverez guère
que deux solutions :
Parler et écrire.
Oui, parler autour de soi, quelquefois en
public, le plus souvent en petit comité ; et,
puai quelques pi \Régies, écrire dans
vues ou des quotidiens.
telles sont les seules ressources de propa
gande du pacifiste, telle est la seule besogne à
laquelle il puisse se livrer ; et, en comprenant
la stérilité de son effort, il regrette de ne pou
voir faire davantage. Celui qui signe cet
article, lui aussi, n’a guère fait autre chose,
jusqu’à présent, que parler et écrire. \ ienne
la prochaine guerre, et toutes ces belles pa
roles, tout ce papier noirci compteront pour
rien et pèseront bien peu dans la balance de
l’opinion, en présence des passions surexci
tées par un savant bourrage de crânes, venu
de la presse officielle.
Eh bien ! mes chers lecteurs, voici pour la
première fois que je vous offre l’occasion de
faire autre chose pour le triomphe du paci
fisme.
Je viens vous proposer de participer de façon
effective à une œuvre de fraternisation desti
née à créer des liens d’amitié profonds et du
rables entre les peuples soi-disant ennemis,
et entre lesquels tant d’autres sont intéressés
à jeter des semences de haine.
Cette œuvre peut avoir une portée immense
si elle est bien organisée et bien dirigée : elle
peut faire échec aux machinations politiques
du parti belliciste, et sa nature est telle que
j’ose défier aucun gouvernement de pouvoir
entraver sa marche ni son fonctionnement
sans provoquer immédiatement, et de sa
propre volonté le « casas belli ».
A dater d’aujourd’hui est créé le groupe
«Concordia », dont le but est dedonner atout
individu, à toute famille habitant une nation,
un parrainage dans la nation dite ennemie.
Vous souvenez-vous des « marraines de
guerre » ? La question de flirt mise à part,
celui qui imagina cette curieuse institution
avait fort bien compris qu’il se trouvait en
présence de deux organismes s’ignorant l’un
l’autre, le front et l’arrière, et qu’en établis
sant un lien entre chaque unité de l’un et
chaque unité de l’autre, il les réunissait puis
samment et les empêchait de diverger d’opi
nions et de vues.
C’est le même principe que nous voulons
appliquer maintenant à l’œuvre de paix.
Nous choisissons d’abord pour terrain d’opé
rations les deux nations erltre lesquelles on
veut qü’il existe une haine profonde, tandis
qu’en réalité ceux epui les composent
■ ' ' y «
s’ignorent réciproquement : laFranceet l’Alle
magne. Dans chacune de ces nations nous
établissons un groupe « Concordia », et nous
donnons à chacun de leurs membres un cor
respondant dans la nation voisine. Vous serez
libre de choisir ce correspondant dans la pro
vince que vous préférez, et, comme « Concor
dia » comprendra des personnes de toutes les
opinions, d’accord seulement sur la question
du pacifisme, il sera loisible au catholiquede
correspondre avec un catholique, au corrimu
niste de correspondre avec un communiste.
De même les personnes exerçant une profes
sion pourront, si elles le désirent, jeter leur
dévolu sur un correspondant delà même pro
fession.
Que devront faire les membres de « Con
cordia » ?
Une chose très simple : s'engager sur l’hon
neur à écrire au moins quatre fois par an à leur
correspondant de la nation soi-disant ennemie.
Davantage s’ils le jugent à propos, mais
quatre fois par an au minimum.
Dans ces lettres, on écrira ce que l’on vou
dra. On pourra exposer des généralités sur les
idées qui animent la nation, mais l’on s’effor
cera de crééer des liens d’amitié entre les fa
milles et les individus. On pourra au besoin
ébaucher des relations commerciales, traiter
des allai res, se renseigner sur les prix des
denrées et des objets divers, faire des échanges
avantageux, s’inviter réciproquement lorsd’un
voyage pocü.bl ■
En somme tout Français membre de « Con
cordia » aura un parrain — ou une marraine
— en Allemagne, et, réciproquement, tout
Allemand aura un parrain ou une marraine
en France.
Plus le groupe « Concordia » aura d’exten
sion, plus sera détruite cette légende que les
deux peuples se haïssent tout en s’ignorant. Et
le jour où « Concordia » représentera la ma
jorité des deux nations, lesbourreurs de crânes
auront beau dire : « les Français et les Alle
mands sont ennemis », plusieurs millions
d’hommes se lèveront des deux côtés pour
proclamer que c’est un mensonge, et qu’ils
ont chacun un ami au-delà des frontières.
Et ainsi tombera le reproche que l’on fait à
toutes les entreprises pacifistes : « Vous ne
voyez donc pas, nous dit-on, que chaque effort
que vous faites contribue à affaiblir la France
au profit de l’ennemi ! » Ici, rien de sem
blable; pour chaque français pacifiste inscrit
à « Concordia », nous pouvons produire en
regard, le nom d’un allemand inscrit à ce
même groupe. La propagande n’est donc plus
unilatérale; elleest rigoureusement bilatérale,
ou, pour mieux dire, collatérale, et il nous
semble que l’union intime et profonde des
deux nations ne peut être mieux assurée que
par une institution de ce genre.
En quelle langue correspondront les mem
bres de « Concordia » ? Mais chacun dans la
sienne propre ; et ce ne sera pas un moyen
négligeable de propagande que celui qui obli
gera chacun à chercher, dans son entourage,
un traducteur bénévole pour chaque épître
indéchiffrable reçue d’Outre-Rhin. Quant à
ceux qui peuvent s’essayer dans la langue
étrangère, ils le feront s’ils s’en jugent ca
pables. Il pourront s’adresser également à l’es
péranto, au latin, ou même à une langue in
termédiaire connue des deux correspondants,
l’anglais,, par exemple. Bref, chacun fera son
possible pour créer et resserrer le lien d’ami
tié qui n’existe pas encore et qui, demain, sera
peut-être le sauveur, le libérateur.
Nous disions que tout effort des gouverne
ments contre un tel groupe serait vain.
En effet, il est impossible à une autorité,
quelle qu’elle soit, d’interdire à quelqu’un
d’écrire à un ami. Il est impossible à un gou
vernement d’empêcher que l’on fasse usage de
la poste. Supprimer les relations postalesentre
»
deux pays, c’est la guerre. C’est donc très
clair, les gouvernements qui tenteront de sup
primer « Conccrdia » indiqueront manifeste
ment qu’ils veulent la guerre et non la paix,
et qu’ils cherchent à entretenir les haines fac
tices de nation à nation.
Le groupe « Concordia » sera étendu, dans
la suite, comme bien on pense, dans tous les
pays: il existera en Italie et en Autriche, en
Angleterre et en Russie, au Pérou et au Chili,
dans toutes les nations dites rivales et enne
mies. et partout il acco m pi i ra sa besogne pa
cificatrice.
Nous commençons pour le moment par la
France et l’Allemagne, en jouant ainsi la partie
la plus dure. Nous prions tous ceux que l’ex
pose de cette œuvre a pu intéresser, de nous
communipuer leurs noms. Nous faisons appel
à toutes les bonnes volontés, et nous aurons
besoin de l’aide éclairée de tous nos amis.
Il faut que « Concordia » soit prêt à fonc
tionner pour 11123. Il faut que les premières
missives amicales entreles deux pays arrivent
à destination à la fin de janvier, apportant,
non seulement la banalité des souhaits de nou
velle année tels que l’on se les présente depuis
des siècles sans que l’humanité en soit meil
leure, mais le réconfort d’un nouveau mode
d’existence, l’aurore d’une ère nouvelle dans
laquelle il sera vraiment fait un effort utile
pour la paix.
Et, grâce à « Concordia », on s’apercevra en
! 1 'p il v n quMqnf» phosp de ^banoé dans
le monde.
Nos amis que celte proposition intéressera
— et nous espérons qu’ils seront nombreux —
sont priés d’envoyer au plus tôt leur adresse à
M. G ri Ilot de Givry, 180, quai d’Auteuil,
Paris (XVI e ).
GRILLOT de GIVRY.
La 25 e Année
Nous entrons dans notre vingt-cinquième
année, puisque c’est en 1898 que V Universel
est né au bord du lac de Neuchâtel, à Colom
bier, ville de garnison suisse. En 1899, il
devint l’organe du Mouvement Pacifique Chré
tien ; il prit, à partir de celte époque, une atti
tude protestataire contre l’esprit jésuilico-mili-
tariste. Conjointement avec la Ligue des Femmes
pour le Désarmement International, il mena une
grande campagne pour gagner les Françaises
à l’Idéal de la fraternité universelle. La prin
cesse Wiszniewska organisa un vaste pétition-
nement en faveur de la première Conférence
de la Haye, nous collaborâmes avec elle, bien
que nous ne nous faisions pas plus d’illusions
sur le Tribunal d'Arbitrage International qu’ac-
tuellement sur la prétendue Société des Nations.
Notre but était plus haut. Il visait la Liberté
et la Paix. Liberté de conscience et Paix entre
les hommes de bonne volonté. Et c’est pour
quoi. nous proclamions nécessaire de pour
suivre l’abolition du service militaire obliga
toire comme étant une survivance de
l’antique esclavage ; nous préconisions son
remplacement par des services d’utilité pu
blique.
Ce jubilé nous rappelle tant de souvenirs
chers à nos cœurs, car nombreux sont ceux et
celles qui nous ont apporté un précieux con
cours au commencement de notre Mission
pacifique, et qui, en cette année de notre
jubilé, ne sont plus sur celte terre, mais ont
trouvé la vraie Patrie de tout chrétien : la Cité
de Dieu. Je ne puis, en particulier, rendre un
meilleur hommage à la regrettée princesse
Wiszniewska, décédée en 1904, qu’en publiant
la lettre qu’elle nous adressait de Paris, le
27 mai 1899 :
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre si intéressante , ainsi que
votre journal, je partage vos pensées si élevées
et si chrétiennes ; votre cotisation pour laquelle
je vous envoie le reçu officiel , m'est croyez-le
bien, plus précieuse et agréable que toute autre,
parce qu’elle est l’expression sincère de vos nobles
sentiments et de la connexité de vos idées avec
celles de noire œuvre humanitaire.
Votre journal devrait être répandu dans
j l’Univers entier pour ramener l'humanité à
l'idéal chrétien qu’elle a oublié ou répudié dans
ses actes.
Je me rappelle toujours les paroles du feu duc
de Parme , qui me disait : « On nous élève
comme catholiques, et on oublie de nous faire
chrétiens ! »
Votre journal ne peut contenir que des articles
très couids. Je vous enverrai régulièrement les
journaux qui parlent de notre Ligue, ou vous
choisirez des extraits. I dus ne pouvez, non plus,
reproduire noire appel qu’en raccourci.
Je vous en serai très reconnaissante parce
que ces articles dans un journal d’une si haute
moralité comme le vôtre, pourront convaincre les
sceptiques, et nous amener des adhérents.
L’œuvre est difficile ! Pensez donc que pendant
tous les siècles jusqu'à nos jours, on nous a élevés
dans le culte de la gloire militaire, des guerres et
des conquêtes. Ce n’est pas dans un jour , qu’on
pourra changer ces idées belliqueuses en des sen
timents de vrais chrétiens , envers el entre toutes
les nations, pour quelles s’aiment comme on doit
aimer le prochain.
Nous y travaillons sans espérer voir de nos
jours la réalisation de notre œuvre , mais nous
avons foi dans t'avenir !
I caillez agréer, Monsieur, l’assurance de tous
mes meilleurs sentiments.
Princesse Wieszniewskv.
Ilélas ! les vœux de la princesse n’ont pas
été entendus du Ciel, ou pour parler avec plus
d’exactitude, de la Chrétienté, car les chrétiens,
en général, sont demeurés aveugles sur les
vérités de l’Evangile, et sourds à la voix de la
raison. Seule une petite phalange a peiné avec
nous. C’est dans la pauvreté, la calomnie et
le combat, que VUniversel a vécu et vit encore.
On peut dire qu’il a eu plus d’opposition que
d’approDation. Mais le Mouvement Pacifique
Chrétien aura eu la gloire d’avoir été la Lu
mière de la Vérité au milieu des ténèbres du
Mensonge.
Cette vingt-cinquième année exaucera-t-elle
les vœux de ceux de nos amis qui demandent
à nouveau, la publication mensuelle de notre
journal? Je ne le sais ! Mais je sais une chose. Si
les protestants anglo-saxons avaient eu la foi des
Belges et l’espérance des Suisses, ainsi que
l'amour des Français pour‘la Paix, nous se
rions peut-être même un hebdomadaire. Ce
sont les plus bibliques qui font défaut, laissant
leur place à des catholiques qui justifient celle
déclaration du Christ : Les premiers seront les
derniers.
Henri HUCIIET.
La Misère de la Pensée
Une des conséquences de la guerre — et non
la moins triste — a été l’appauvrissement intellec
tuel de l’Europe.
Dans tous les pays, les nouvelles conditions
économiques obligent les intellectuels à travailler
tout le jour pour gagner maigrement leur vie.
Les besognes matérielles accaparent le plus sou
vent les quelques loisirs que leur laissent les
obligations professionnelles. Et c’est autant de
perdu pour la pensée ; la lecture, l’étude et l’ex
pression par le discours ou la plume sont relé
guées dans un avenir meilleur, faute de temps.
D’autre part la cherté de la vie rend impossible
à beaucoup l’acquisition des livres ou revues à
l’aide desquels ils pourraient se documenter.
Cette impossibilité est tout particulièrement
marquée dans les pays dont le change s’est effon
dré : l’Allemagne et l’Autriche.
Le champ est ainsi laissé libre à la presse cor
rompue dont l’appuLdes financiers et des gou
vernements assure l’expansion. Et l’immonde
réseau de mensonge enserre un peu plus chaque
jour le pauvre monde dévasté et déséquilibré.
Il y a par conséquent une œuvre à faire d’une
haute portée morale, sociale et pacifique à ac
complir : c’est de permettre aux esprits désireux
de vérité qui sont dans les empires centraux de
prendre connaissance de la pensée française
progressive et pacifique.
Que tous nos amis pensent donc à envoyer de
l’autre côté du Rhin les livres, brochures, revues,
journaux, qui feront connaître le meilleur de
notre esprit et qui prouveront aux peuples qu'on
cherche à exciter contre nous, qu’il y a une autre
France que celle de 1’ « Action Française » du
« Matin », du « Bloc National », et de «Poin
caré ! »
Les personnes qui ne connaissent pas de cor
respondant en Allemagne, pourront adresser
leurs envois à la Société des Amis « Quakers »
qui a pris l’initiative de cette oeuv re éminemment
pacificatrice, à l'adresse suivantq Q •
John P. FLETCHER, Quakei%tîj(N Behren-
strasse 26 e , Berlin W
D.
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r Trimestre 1923
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Organe du Mouoemenf Pacifique Chrétien
TRIMESTRIEL
.... ' « l’internationale de l’amour » i *
Fondé en 1898, supprimé par la censure militaire pendant la Guerre mondiale
MEMBRES
Adhérent 5 tr,
Actif ÎO fr.
Militant 20 fr.
RÉDACTION
DIRECTION :
—
Pasteur Henri HUCHET
Les opinions exprimées sont
libres au service de la Vérité
Docteur ’Marius DUMESNIL
et de la Paix.
COURBEVOIE [Seine)
ADMINISTRATION
Les souscriptions annuelles
sont indispensables pour la
propagande.
COMPTE DE CHÈQUES POSTAUX
D r DU MESNIL
PARIS n- 217.31
Le Groupe Concordia
Tous les pacifistes, tous ceux qui rêvent de
voir un jour la cessation des guerres, l’aboli
tion du militarisme 'et la fraternisation des
peuples, et qui se refusent à entretenir les
haines fratricides des nations, ont souvent
gémi de leur impuissance à faire quelque
chose de vraiment utile dans ce noble but.
— Que puis-je faire? Comment employer
mon activité? vous êtes-vous dit souvent ; je
ne suis ni homme politique ni diplomate; je
n’ai aucune influence dans les hautes sphères
gouvernementales. Vais je m’attaquer à l’é
norme machine de l’armée? La démolir!
c’est la lutte du pygmée contre le géant. Crier
dans la rue: « A bas le militarisme ! Vive la
paix? » C’est m’exposer à passer la nuit pro
chaine au poste, sans utilité aucune. Refuser
le service militaire ? Ce n’est pas toujours très
pratique ni très commode. Adresser des mé
moires à la Société des dations? Ils seront mis
au panier. <
— Quoi donc alors?
Après avoir tourné et retourné la question
dans tous les sens, vous ne trouverez guère
que deux solutions :
Parler et écrire.
Oui, parler autour de soi, quelquefois en
public, le plus souvent en petit comité ; et,
puai quelques pi \Régies, écrire dans
vues ou des quotidiens.
telles sont les seules ressources de propa
gande du pacifiste, telle est la seule besogne à
laquelle il puisse se livrer ; et, en comprenant
la stérilité de son effort, il regrette de ne pou
voir faire davantage. Celui qui signe cet
article, lui aussi, n’a guère fait autre chose,
jusqu’à présent, que parler et écrire. \ ienne
la prochaine guerre, et toutes ces belles pa
roles, tout ce papier noirci compteront pour
rien et pèseront bien peu dans la balance de
l’opinion, en présence des passions surexci
tées par un savant bourrage de crânes, venu
de la presse officielle.
Eh bien ! mes chers lecteurs, voici pour la
première fois que je vous offre l’occasion de
faire autre chose pour le triomphe du paci
fisme.
Je viens vous proposer de participer de façon
effective à une œuvre de fraternisation desti
née à créer des liens d’amitié profonds et du
rables entre les peuples soi-disant ennemis,
et entre lesquels tant d’autres sont intéressés
à jeter des semences de haine.
Cette œuvre peut avoir une portée immense
si elle est bien organisée et bien dirigée : elle
peut faire échec aux machinations politiques
du parti belliciste, et sa nature est telle que
j’ose défier aucun gouvernement de pouvoir
entraver sa marche ni son fonctionnement
sans provoquer immédiatement, et de sa
propre volonté le « casas belli ».
A dater d’aujourd’hui est créé le groupe
«Concordia », dont le but est dedonner atout
individu, à toute famille habitant une nation,
un parrainage dans la nation dite ennemie.
Vous souvenez-vous des « marraines de
guerre » ? La question de flirt mise à part,
celui qui imagina cette curieuse institution
avait fort bien compris qu’il se trouvait en
présence de deux organismes s’ignorant l’un
l’autre, le front et l’arrière, et qu’en établis
sant un lien entre chaque unité de l’un et
chaque unité de l’autre, il les réunissait puis
samment et les empêchait de diverger d’opi
nions et de vues.
C’est le même principe que nous voulons
appliquer maintenant à l’œuvre de paix.
Nous choisissons d’abord pour terrain d’opé
rations les deux nations erltre lesquelles on
veut qü’il existe une haine profonde, tandis
qu’en réalité ceux epui les composent
■ ' ' y «
s’ignorent réciproquement : laFranceet l’Alle
magne. Dans chacune de ces nations nous
établissons un groupe « Concordia », et nous
donnons à chacun de leurs membres un cor
respondant dans la nation voisine. Vous serez
libre de choisir ce correspondant dans la pro
vince que vous préférez, et, comme « Concor
dia » comprendra des personnes de toutes les
opinions, d’accord seulement sur la question
du pacifisme, il sera loisible au catholiquede
correspondre avec un catholique, au corrimu
niste de correspondre avec un communiste.
De même les personnes exerçant une profes
sion pourront, si elles le désirent, jeter leur
dévolu sur un correspondant delà même pro
fession.
Que devront faire les membres de « Con
cordia » ?
Une chose très simple : s'engager sur l’hon
neur à écrire au moins quatre fois par an à leur
correspondant de la nation soi-disant ennemie.
Davantage s’ils le jugent à propos, mais
quatre fois par an au minimum.
Dans ces lettres, on écrira ce que l’on vou
dra. On pourra exposer des généralités sur les
idées qui animent la nation, mais l’on s’effor
cera de crééer des liens d’amitié entre les fa
milles et les individus. On pourra au besoin
ébaucher des relations commerciales, traiter
des allai res, se renseigner sur les prix des
denrées et des objets divers, faire des échanges
avantageux, s’inviter réciproquement lorsd’un
voyage pocü.bl ■
En somme tout Français membre de « Con
cordia » aura un parrain — ou une marraine
— en Allemagne, et, réciproquement, tout
Allemand aura un parrain ou une marraine
en France.
Plus le groupe « Concordia » aura d’exten
sion, plus sera détruite cette légende que les
deux peuples se haïssent tout en s’ignorant. Et
le jour où « Concordia » représentera la ma
jorité des deux nations, lesbourreurs de crânes
auront beau dire : « les Français et les Alle
mands sont ennemis », plusieurs millions
d’hommes se lèveront des deux côtés pour
proclamer que c’est un mensonge, et qu’ils
ont chacun un ami au-delà des frontières.
Et ainsi tombera le reproche que l’on fait à
toutes les entreprises pacifistes : « Vous ne
voyez donc pas, nous dit-on, que chaque effort
que vous faites contribue à affaiblir la France
au profit de l’ennemi ! » Ici, rien de sem
blable; pour chaque français pacifiste inscrit
à « Concordia », nous pouvons produire en
regard, le nom d’un allemand inscrit à ce
même groupe. La propagande n’est donc plus
unilatérale; elleest rigoureusement bilatérale,
ou, pour mieux dire, collatérale, et il nous
semble que l’union intime et profonde des
deux nations ne peut être mieux assurée que
par une institution de ce genre.
En quelle langue correspondront les mem
bres de « Concordia » ? Mais chacun dans la
sienne propre ; et ce ne sera pas un moyen
négligeable de propagande que celui qui obli
gera chacun à chercher, dans son entourage,
un traducteur bénévole pour chaque épître
indéchiffrable reçue d’Outre-Rhin. Quant à
ceux qui peuvent s’essayer dans la langue
étrangère, ils le feront s’ils s’en jugent ca
pables. Il pourront s’adresser également à l’es
péranto, au latin, ou même à une langue in
termédiaire connue des deux correspondants,
l’anglais,, par exemple. Bref, chacun fera son
possible pour créer et resserrer le lien d’ami
tié qui n’existe pas encore et qui, demain, sera
peut-être le sauveur, le libérateur.
Nous disions que tout effort des gouverne
ments contre un tel groupe serait vain.
En effet, il est impossible à une autorité,
quelle qu’elle soit, d’interdire à quelqu’un
d’écrire à un ami. Il est impossible à un gou
vernement d’empêcher que l’on fasse usage de
la poste. Supprimer les relations postalesentre
»
deux pays, c’est la guerre. C’est donc très
clair, les gouvernements qui tenteront de sup
primer « Conccrdia » indiqueront manifeste
ment qu’ils veulent la guerre et non la paix,
et qu’ils cherchent à entretenir les haines fac
tices de nation à nation.
Le groupe « Concordia » sera étendu, dans
la suite, comme bien on pense, dans tous les
pays: il existera en Italie et en Autriche, en
Angleterre et en Russie, au Pérou et au Chili,
dans toutes les nations dites rivales et enne
mies. et partout il acco m pi i ra sa besogne pa
cificatrice.
Nous commençons pour le moment par la
France et l’Allemagne, en jouant ainsi la partie
la plus dure. Nous prions tous ceux que l’ex
pose de cette œuvre a pu intéresser, de nous
communipuer leurs noms. Nous faisons appel
à toutes les bonnes volontés, et nous aurons
besoin de l’aide éclairée de tous nos amis.
Il faut que « Concordia » soit prêt à fonc
tionner pour 11123. Il faut que les premières
missives amicales entreles deux pays arrivent
à destination à la fin de janvier, apportant,
non seulement la banalité des souhaits de nou
velle année tels que l’on se les présente depuis
des siècles sans que l’humanité en soit meil
leure, mais le réconfort d’un nouveau mode
d’existence, l’aurore d’une ère nouvelle dans
laquelle il sera vraiment fait un effort utile
pour la paix.
Et, grâce à « Concordia », on s’apercevra en
! 1 'p il v n quMqnf» phosp de ^banoé dans
le monde.
Nos amis que celte proposition intéressera
— et nous espérons qu’ils seront nombreux —
sont priés d’envoyer au plus tôt leur adresse à
M. G ri Ilot de Givry, 180, quai d’Auteuil,
Paris (XVI e ).
GRILLOT de GIVRY.
La 25 e Année
Nous entrons dans notre vingt-cinquième
année, puisque c’est en 1898 que V Universel
est né au bord du lac de Neuchâtel, à Colom
bier, ville de garnison suisse. En 1899, il
devint l’organe du Mouvement Pacifique Chré
tien ; il prit, à partir de celte époque, une atti
tude protestataire contre l’esprit jésuilico-mili-
tariste. Conjointement avec la Ligue des Femmes
pour le Désarmement International, il mena une
grande campagne pour gagner les Françaises
à l’Idéal de la fraternité universelle. La prin
cesse Wiszniewska organisa un vaste pétition-
nement en faveur de la première Conférence
de la Haye, nous collaborâmes avec elle, bien
que nous ne nous faisions pas plus d’illusions
sur le Tribunal d'Arbitrage International qu’ac-
tuellement sur la prétendue Société des Nations.
Notre but était plus haut. Il visait la Liberté
et la Paix. Liberté de conscience et Paix entre
les hommes de bonne volonté. Et c’est pour
quoi. nous proclamions nécessaire de pour
suivre l’abolition du service militaire obliga
toire comme étant une survivance de
l’antique esclavage ; nous préconisions son
remplacement par des services d’utilité pu
blique.
Ce jubilé nous rappelle tant de souvenirs
chers à nos cœurs, car nombreux sont ceux et
celles qui nous ont apporté un précieux con
cours au commencement de notre Mission
pacifique, et qui, en cette année de notre
jubilé, ne sont plus sur celte terre, mais ont
trouvé la vraie Patrie de tout chrétien : la Cité
de Dieu. Je ne puis, en particulier, rendre un
meilleur hommage à la regrettée princesse
Wiszniewska, décédée en 1904, qu’en publiant
la lettre qu’elle nous adressait de Paris, le
27 mai 1899 :
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre si intéressante , ainsi que
votre journal, je partage vos pensées si élevées
et si chrétiennes ; votre cotisation pour laquelle
je vous envoie le reçu officiel , m'est croyez-le
bien, plus précieuse et agréable que toute autre,
parce qu’elle est l’expression sincère de vos nobles
sentiments et de la connexité de vos idées avec
celles de noire œuvre humanitaire.
Votre journal devrait être répandu dans
j l’Univers entier pour ramener l'humanité à
l'idéal chrétien qu’elle a oublié ou répudié dans
ses actes.
Je me rappelle toujours les paroles du feu duc
de Parme , qui me disait : « On nous élève
comme catholiques, et on oublie de nous faire
chrétiens ! »
Votre journal ne peut contenir que des articles
très couids. Je vous enverrai régulièrement les
journaux qui parlent de notre Ligue, ou vous
choisirez des extraits. I dus ne pouvez, non plus,
reproduire noire appel qu’en raccourci.
Je vous en serai très reconnaissante parce
que ces articles dans un journal d’une si haute
moralité comme le vôtre, pourront convaincre les
sceptiques, et nous amener des adhérents.
L’œuvre est difficile ! Pensez donc que pendant
tous les siècles jusqu'à nos jours, on nous a élevés
dans le culte de la gloire militaire, des guerres et
des conquêtes. Ce n’est pas dans un jour , qu’on
pourra changer ces idées belliqueuses en des sen
timents de vrais chrétiens , envers el entre toutes
les nations, pour quelles s’aiment comme on doit
aimer le prochain.
Nous y travaillons sans espérer voir de nos
jours la réalisation de notre œuvre , mais nous
avons foi dans t'avenir !
I caillez agréer, Monsieur, l’assurance de tous
mes meilleurs sentiments.
Princesse Wieszniewskv.
Ilélas ! les vœux de la princesse n’ont pas
été entendus du Ciel, ou pour parler avec plus
d’exactitude, de la Chrétienté, car les chrétiens,
en général, sont demeurés aveugles sur les
vérités de l’Evangile, et sourds à la voix de la
raison. Seule une petite phalange a peiné avec
nous. C’est dans la pauvreté, la calomnie et
le combat, que VUniversel a vécu et vit encore.
On peut dire qu’il a eu plus d’opposition que
d’approDation. Mais le Mouvement Pacifique
Chrétien aura eu la gloire d’avoir été la Lu
mière de la Vérité au milieu des ténèbres du
Mensonge.
Cette vingt-cinquième année exaucera-t-elle
les vœux de ceux de nos amis qui demandent
à nouveau, la publication mensuelle de notre
journal? Je ne le sais ! Mais je sais une chose. Si
les protestants anglo-saxons avaient eu la foi des
Belges et l’espérance des Suisses, ainsi que
l'amour des Français pour‘la Paix, nous se
rions peut-être même un hebdomadaire. Ce
sont les plus bibliques qui font défaut, laissant
leur place à des catholiques qui justifient celle
déclaration du Christ : Les premiers seront les
derniers.
Henri HUCIIET.
La Misère de la Pensée
Une des conséquences de la guerre — et non
la moins triste — a été l’appauvrissement intellec
tuel de l’Europe.
Dans tous les pays, les nouvelles conditions
économiques obligent les intellectuels à travailler
tout le jour pour gagner maigrement leur vie.
Les besognes matérielles accaparent le plus sou
vent les quelques loisirs que leur laissent les
obligations professionnelles. Et c’est autant de
perdu pour la pensée ; la lecture, l’étude et l’ex
pression par le discours ou la plume sont relé
guées dans un avenir meilleur, faute de temps.
D’autre part la cherté de la vie rend impossible
à beaucoup l’acquisition des livres ou revues à
l’aide desquels ils pourraient se documenter.
Cette impossibilité est tout particulièrement
marquée dans les pays dont le change s’est effon
dré : l’Allemagne et l’Autriche.
Le champ est ainsi laissé libre à la presse cor
rompue dont l’appuLdes financiers et des gou
vernements assure l’expansion. Et l’immonde
réseau de mensonge enserre un peu plus chaque
jour le pauvre monde dévasté et déséquilibré.
Il y a par conséquent une œuvre à faire d’une
haute portée morale, sociale et pacifique à ac
complir : c’est de permettre aux esprits désireux
de vérité qui sont dans les empires centraux de
prendre connaissance de la pensée française
progressive et pacifique.
Que tous nos amis pensent donc à envoyer de
l’autre côté du Rhin les livres, brochures, revues,
journaux, qui feront connaître le meilleur de
notre esprit et qui prouveront aux peuples qu'on
cherche à exciter contre nous, qu’il y a une autre
France que celle de 1’ « Action Française » du
« Matin », du « Bloc National », et de «Poin
caré ! »
Les personnes qui ne connaissent pas de cor
respondant en Allemagne, pourront adresser
leurs envois à la Société des Amis « Quakers »
qui a pris l’initiative de cette oeuv re éminemment
pacificatrice, à l'adresse suivantq Q •
John P. FLETCHER, Quakei%tîj(N Behren-
strasse 26 e , Berlin W
D.
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