Titre : L'Universel : l'Évangile c'est la liberté ! / direction H. Huchet
Auteur : Mouvement pacifique chrétien de langue française. Auteur du texte
Éditeur : [s.n.] (Le Havre)
Date d'édition : 1903-11-01
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32885496v
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 novembre 1903 01 novembre 1903
Description : 1903/11/01 (N7)-1903/11/30. 1903/11/01 (N7)-1903/11/30.
Description : Collection numérique : Fonds régional :... Collection numérique : Fonds régional : Haute-Normandie
Description : Collection numérique : Nutrisco, bibliothèque... Collection numérique : Nutrisco, bibliothèque numérique du Havre
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4565379m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-45090
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 12/09/2017
Guerre à la Guerre
6 e Année. — N° 7.
MENSUEL
CSincj Centimes le Numéro
NOVEMBRE 1903
I
Organe du Mouvement Pacifique Chrétien
de Langue Française
“ PAIX SUR LA TERRE ! ”
ABONNEMENTS
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
PROPAGANDE
France 1 Fr.
Union Postale... 2 —
H. Huchet
A£ me H. Hu.ch.et
Paul ALLÉGRET
AU HAVRE
Yves Le Bail
M me Yves Le Bail
Des abonnements Gratuits
seront servis à tous ceux
qui en feront la demande.
Pour tout ce qui concerne la RÉDACTION et l’ADMINISTRATION, s’adresser au Bureau de l’UNIVERSEL, 19, Place de rHôtel-de-Ville. — LE HAVRE
Après le XII e Congrès
Nous avons déjà signalé les principaux traits
qui donnent au XII e Congrès de la Paix sa phy
sionomie particulière : nous n’y reviendrons pas.
C’est quelque chose de plus intime que nous
aimerions écrire aujourd’hui, en nous adressant
aux amis de VUniversel qui se sont révélés à
nous, dans ces bienveillantes rencontres qu’amè
nent nos Congrès.
Pourquoi une fausse modestie nous empêche
rait-elle de remplir un devoir en leur disant com
bien nous avons été touchés, à Rouen comme
au Havre, de sentir la sympathie dont ils entou
raient l’elfort désintéressé que nous poursuivons
par ce journal? Plusieurs d’entre eux, n’ayant
pu s’entretenir avec nous, nous ont écrit après
le Congrès. Parmi les lettres reçues, nous ne
retiendrons, pour ne pas allonger cet article, que
celle qui nous a été adressée par M. Hodgson
Pratt : ce qu’il nous dit résume les encourage
ments venus d’ailleurs. M. Pratt, après avoir
constaté avec joie que l’élément ouvrier et l’élé
ment chrétien français étaient pour la première
fois représentés au dernier Congrès, exprime
l’espoir qu’à l’avenir, les pasteurs et les laïques
prendront une part plus grande à nos travaux.
Puis il ajoute ceci :
... Depuis longtemps, j’ai voulu vous dire que la
publication de VUniversel m’a causé une profonde
satisfaction. En le publiant, vous dites atout le public
français que la cause de la Paix Internationale, c’est
la cause de Jésus-Christ ; et il est nécessaire de le
dire à haute voix...
Je regrette infiniment de n’avoir pu m’entretenir
longuement avec vous : on trouve rarement la possi
bilité d’avoir des conversations particulières pendant
ces Congrès où l’on est si absorbé. J’ai même dû m’abs
tenir des banquets et autres réunions du soir, parce
qu’à l’âge de 80 ans, on n’a plus toutes ses forces.
Nous ne sommes pas tous bâtis comme notre vénéré
«leader», M. Frédéric Passy ! C’est avec quelque
hésitation que je me suis rendu à Kouen, craignant de
compromettre la sainte cause de la Paix par quelque
insuffisance...
Nous n’apprendrons pas à nos lecteurs que
l’auteur de ces lignes a consacré sa vie entière
à toutes les bonnes causes. Au moment où nous
parvenait sa lettre, nous lisions un article du
Concord retraçant ce qu’il a fait pour les cercles
ouvriers et pour la coopération en Angleterre,
ainsi que pour la Paix dans le monde. Mais nous
dirons que ses scrupules ne paraîtront fondés à
aucun de ceux qui ont pris part aux travaux du
XII e Congrès : sa présence à nos assemblées est
une force. Pour ce qui nous concerne, nous
ajouterons simplement qu’un encouragement
venu de lui est un des plus précieux que nous
puissions recevoir.
*
* *
Nous voulons rappeler aussi ce qu’un autre
ami de Y Universel, M. le pasteur Umfried, de
Stuttgard, a dit dans notre repas amical du
Havre. Il a raconté comment, préoccupé par les
discussions qui s’étaient élevées au sujet de l’en
tente franco-allemande, et qui ont donné lieu
dans la pre'sse à de si inexacts comptes ren
dus, il s’était un jour, après une nuit d’insom
nie, levé de grand matin pour se promener dans
les rues de Rouen. Il s’était arrêté devant une
fontaine que surmontait une haute statue de
femme : soudain, il vit un oiseau qui vint un
instant se reposer dans la main étendue de cette
femme. Alors, dans sa pensée, une sorte d’apai
sement se fit : cet oiseau représenta à ses yeux
la délégation allemande venue, elle aussi, se
reposer dans la main ouverte de la France.
L’oiseau s’envola du côté de l’orient : comme
lui, la délégation allait repartir vers l’est, pour
reprendre de l’autre côté de la frontière la lutte
pour la Paix par le Droit et par la Justice.
Ce récit nous a émus. Nous aimerions que
la poétique comparaison que son cœur a inspiré
à M. Umfried, devînt une réalité. Nos amis,
venus des quatre coins de la terre, se sont, pen
dant quelques jours, trouvés réunis sur le sol
delà France. Maintenant, ils sont retournés dans
leur champ de travail. Puisse-t-il être vrai qu’ils
emportent de chez nous des forces nouvelles
pour la bataille ! Ce qui est vrai, en tout cas,
c’est qu’ils nous ont eux-mêmes réchauffés.
Nous avons été en particulier, nous, les « Amis
de la Paix », stimulés et réconfortés par le
contact de nos frères chrétiens venus du dehors.
Nous avons même senti chez beaucoup de ceux
qui, sans partager notre foi, ont travaillé avant
nous à la réalisation de l’idéal pacifique, une
« âme religieuse » devant laquelle nous nous
sommes inclinés. Leur exemple ne donne-t-il
pas une singulière leçon aux chrétiens passifs
et muets !
A tous, nous tenons à exprimer notre recon
naissance : c’est par ces lignes que notre mes
sage leur parviendra. Nous avons eu le senti
ment que c’était bien vraiment la Conscience
Universelle qui tenait ses assises dans ce XII e
Congrès. Il ne nous reste maintenant qu’à
reprendre notre labeur pour que sa voix se fasse
entendre, plus nette et plus haute, dominant le
bruit des passions et des luttes où s’épuise la
terre.
Paul Allégret.
Voix du Passé
Lorsque la nouvelle de la victoire de Jemmapes,
remportée par Dumouriez sur les Autrichiens , par
vint à la Convention , un député, Jean Debry, pro
posa d'organiser une fête publique.
Barère prononça alors ces quelques mots :
« Citoyens, je viens appuyer les diverses proposi
tions qui vous sont faites, en exceptant seulement
celle d'une « fête nationale » proposée par Jean
Debry. Je pense que le nom de « fête » ne peut
convenir à l’affaire de Jemmapes, quoique ce soit une
bataille gagnée.
T
» Des fêtes pour des massacres d'hommes ! Non ,
citoyens, nous n'imiterons pas le despotisme. Lais
sons les rois-de VEurope faire célébrer des Jêtes, quand
ils ont inondé la terre de sang. (Applaudissements.)
» Dans les Républiques anciennes, les fêtes célébrées
après les batailles étaient des jeux funèbres et non
pas des fêtes brillantes. Le plus célèbre orateur venait
sur la place publique prononcer l'éloge funèbre des
héros et des patriotes morts pour leurs saintes lois. Voilà
les fêtes qui conviennent à des républicains, à des
philosophes, à des philanthropes.
» Quoi ! des milliers d'hommes ont péri ! car les
Autrichiens sont des hommes... ; trois cents Français
ont laissé au milieu de nous des veuves et des orphe
lins et nous parlerions de fêtes ! Parlons d'un monu
ment funèbre et d’un éloge funèbre pour nos déjen-
seurs.
» Que vous ayez fait une fête pour l'entrée triom
phale de vos armées dans la Savoie (i), c'est aussi
beau que philosophique ; elle n'a pas coûté de larmes ;
mais quatre ou cinq mille hommes ont péri et nous
parlons de fête ! Je m'y oppose et demande un simple
monument funèbre. »
(Séance du g novembre 1792. Moniteur Universel.
Dimanche 11 novembre I7Ç2.)
Malgré ces paroles énergiques, la motion de Jean
Debry, appuyée par un éloquent plaidoyer de Ver-
gniaud, l'emporta, et les fêtes publiques eurent lieu.
- — 2 -— •
RECTIFICATIO N SANS IMPORTANCE
Nous voulons narrer ici, avec quelques détails, un
incident de presse auquel fut mêlé l’un des nôtres et
que nous avons suivi d’un esprit curieux et amusé.
Le point de départ était « sans^ importance », mais le
point d’arrivée nous révéla un état d’esprit qui n’est
pas d’une aussi chétive portée. C’est pourquoi nous
pensons qu’il vaut la peine d’en parler.
L'Action du 25 septembre rendait compte en se
conde page des déclarations de simple tolérance mu
tuelle faites au Congrès de Rouen par MM. Hubbard
et Allégret. C’était fort bien. Mais, en première page,
le même jour, l’article intitulé La. Politique revenait
sur le même sujet. Voici comment il se terminait :
Hubbard est un libre-penseur, nul n'en doute. Et il ne
le sera pas moins après l’algarade, non pas la leçon, que
nous allons nous permettre. Que va-t-il, lui, libre-penseur,
faire appel aux « groupes religieux pour poursuivre un
même but avec les radicaux-socialistes et les socialistes ?»
Et à quel titre va-t-il proclamer, avec une pompe et une
assurance imprévues, que « la République française ne
demande qu’à marcher' dans cette voie (de la paix), d’ac
cord avec toutes les religions ? » (Nombreux applaudisse
ments.)
Il a dit tout cela, hier, au Congrès de la Paix de Rouen.
Si bien que l’abbé Allégret, « au nom de la Société chré
tienne », a remercié M. Hubbard de ses déclarations et a
proféré ceci : « La Société chrétienne, que je représente, a
le môme idéal que M. Hubbard. »
Voyons, voyons !... Est-ce que nous aurions rêvé ? Les
religions, les groupes religieux, l’abbé Allégret, la Société
chrétienne auraient le même idéal que nous, que M. Hub
bard, que la Libre-Pensée i Ces religions, qui ont suscité
toutes les haines, toutes les guerres à travers les siècles,
qui ont allumé tous les bûchers, armé et béni tous les
bourreaux, ensanglanté toutes les places publiques et tous
les champs de bataille, fait survivre de génération en géné
ration toutes les rancunes et provoqué toutes les repré
sailles, c’est elles que l’on invoque — et c’est M. Hubbard
qui parle — pour faire la paix dans le monde !...
M. Allégret ne connut cet article que deux jours
(1) Les armées républicaines, sous les ordres du général
Montesqüiou, pénétrèrent sans effusion de sang en Savoie
et y proclamèrent la liberté, au milieu des acclamations de
toute une population en fête.
S
P y.
\
Él
1
6 e Année. — N° 7.
MENSUEL
CSincj Centimes le Numéro
NOVEMBRE 1903
I
Organe du Mouvement Pacifique Chrétien
de Langue Française
“ PAIX SUR LA TERRE ! ”
ABONNEMENTS
RÉDACTION
DIRECTION :
ADMINISTRATION
PROPAGANDE
France 1 Fr.
Union Postale... 2 —
H. Huchet
A£ me H. Hu.ch.et
Paul ALLÉGRET
AU HAVRE
Yves Le Bail
M me Yves Le Bail
Des abonnements Gratuits
seront servis à tous ceux
qui en feront la demande.
Pour tout ce qui concerne la RÉDACTION et l’ADMINISTRATION, s’adresser au Bureau de l’UNIVERSEL, 19, Place de rHôtel-de-Ville. — LE HAVRE
Après le XII e Congrès
Nous avons déjà signalé les principaux traits
qui donnent au XII e Congrès de la Paix sa phy
sionomie particulière : nous n’y reviendrons pas.
C’est quelque chose de plus intime que nous
aimerions écrire aujourd’hui, en nous adressant
aux amis de VUniversel qui se sont révélés à
nous, dans ces bienveillantes rencontres qu’amè
nent nos Congrès.
Pourquoi une fausse modestie nous empêche
rait-elle de remplir un devoir en leur disant com
bien nous avons été touchés, à Rouen comme
au Havre, de sentir la sympathie dont ils entou
raient l’elfort désintéressé que nous poursuivons
par ce journal? Plusieurs d’entre eux, n’ayant
pu s’entretenir avec nous, nous ont écrit après
le Congrès. Parmi les lettres reçues, nous ne
retiendrons, pour ne pas allonger cet article, que
celle qui nous a été adressée par M. Hodgson
Pratt : ce qu’il nous dit résume les encourage
ments venus d’ailleurs. M. Pratt, après avoir
constaté avec joie que l’élément ouvrier et l’élé
ment chrétien français étaient pour la première
fois représentés au dernier Congrès, exprime
l’espoir qu’à l’avenir, les pasteurs et les laïques
prendront une part plus grande à nos travaux.
Puis il ajoute ceci :
... Depuis longtemps, j’ai voulu vous dire que la
publication de VUniversel m’a causé une profonde
satisfaction. En le publiant, vous dites atout le public
français que la cause de la Paix Internationale, c’est
la cause de Jésus-Christ ; et il est nécessaire de le
dire à haute voix...
Je regrette infiniment de n’avoir pu m’entretenir
longuement avec vous : on trouve rarement la possi
bilité d’avoir des conversations particulières pendant
ces Congrès où l’on est si absorbé. J’ai même dû m’abs
tenir des banquets et autres réunions du soir, parce
qu’à l’âge de 80 ans, on n’a plus toutes ses forces.
Nous ne sommes pas tous bâtis comme notre vénéré
«leader», M. Frédéric Passy ! C’est avec quelque
hésitation que je me suis rendu à Kouen, craignant de
compromettre la sainte cause de la Paix par quelque
insuffisance...
Nous n’apprendrons pas à nos lecteurs que
l’auteur de ces lignes a consacré sa vie entière
à toutes les bonnes causes. Au moment où nous
parvenait sa lettre, nous lisions un article du
Concord retraçant ce qu’il a fait pour les cercles
ouvriers et pour la coopération en Angleterre,
ainsi que pour la Paix dans le monde. Mais nous
dirons que ses scrupules ne paraîtront fondés à
aucun de ceux qui ont pris part aux travaux du
XII e Congrès : sa présence à nos assemblées est
une force. Pour ce qui nous concerne, nous
ajouterons simplement qu’un encouragement
venu de lui est un des plus précieux que nous
puissions recevoir.
*
* *
Nous voulons rappeler aussi ce qu’un autre
ami de Y Universel, M. le pasteur Umfried, de
Stuttgard, a dit dans notre repas amical du
Havre. Il a raconté comment, préoccupé par les
discussions qui s’étaient élevées au sujet de l’en
tente franco-allemande, et qui ont donné lieu
dans la pre'sse à de si inexacts comptes ren
dus, il s’était un jour, après une nuit d’insom
nie, levé de grand matin pour se promener dans
les rues de Rouen. Il s’était arrêté devant une
fontaine que surmontait une haute statue de
femme : soudain, il vit un oiseau qui vint un
instant se reposer dans la main étendue de cette
femme. Alors, dans sa pensée, une sorte d’apai
sement se fit : cet oiseau représenta à ses yeux
la délégation allemande venue, elle aussi, se
reposer dans la main ouverte de la France.
L’oiseau s’envola du côté de l’orient : comme
lui, la délégation allait repartir vers l’est, pour
reprendre de l’autre côté de la frontière la lutte
pour la Paix par le Droit et par la Justice.
Ce récit nous a émus. Nous aimerions que
la poétique comparaison que son cœur a inspiré
à M. Umfried, devînt une réalité. Nos amis,
venus des quatre coins de la terre, se sont, pen
dant quelques jours, trouvés réunis sur le sol
delà France. Maintenant, ils sont retournés dans
leur champ de travail. Puisse-t-il être vrai qu’ils
emportent de chez nous des forces nouvelles
pour la bataille ! Ce qui est vrai, en tout cas,
c’est qu’ils nous ont eux-mêmes réchauffés.
Nous avons été en particulier, nous, les « Amis
de la Paix », stimulés et réconfortés par le
contact de nos frères chrétiens venus du dehors.
Nous avons même senti chez beaucoup de ceux
qui, sans partager notre foi, ont travaillé avant
nous à la réalisation de l’idéal pacifique, une
« âme religieuse » devant laquelle nous nous
sommes inclinés. Leur exemple ne donne-t-il
pas une singulière leçon aux chrétiens passifs
et muets !
A tous, nous tenons à exprimer notre recon
naissance : c’est par ces lignes que notre mes
sage leur parviendra. Nous avons eu le senti
ment que c’était bien vraiment la Conscience
Universelle qui tenait ses assises dans ce XII e
Congrès. Il ne nous reste maintenant qu’à
reprendre notre labeur pour que sa voix se fasse
entendre, plus nette et plus haute, dominant le
bruit des passions et des luttes où s’épuise la
terre.
Paul Allégret.
Voix du Passé
Lorsque la nouvelle de la victoire de Jemmapes,
remportée par Dumouriez sur les Autrichiens , par
vint à la Convention , un député, Jean Debry, pro
posa d'organiser une fête publique.
Barère prononça alors ces quelques mots :
« Citoyens, je viens appuyer les diverses proposi
tions qui vous sont faites, en exceptant seulement
celle d'une « fête nationale » proposée par Jean
Debry. Je pense que le nom de « fête » ne peut
convenir à l’affaire de Jemmapes, quoique ce soit une
bataille gagnée.
T
» Des fêtes pour des massacres d'hommes ! Non ,
citoyens, nous n'imiterons pas le despotisme. Lais
sons les rois-de VEurope faire célébrer des Jêtes, quand
ils ont inondé la terre de sang. (Applaudissements.)
» Dans les Républiques anciennes, les fêtes célébrées
après les batailles étaient des jeux funèbres et non
pas des fêtes brillantes. Le plus célèbre orateur venait
sur la place publique prononcer l'éloge funèbre des
héros et des patriotes morts pour leurs saintes lois. Voilà
les fêtes qui conviennent à des républicains, à des
philosophes, à des philanthropes.
» Quoi ! des milliers d'hommes ont péri ! car les
Autrichiens sont des hommes... ; trois cents Français
ont laissé au milieu de nous des veuves et des orphe
lins et nous parlerions de fêtes ! Parlons d'un monu
ment funèbre et d’un éloge funèbre pour nos déjen-
seurs.
» Que vous ayez fait une fête pour l'entrée triom
phale de vos armées dans la Savoie (i), c'est aussi
beau que philosophique ; elle n'a pas coûté de larmes ;
mais quatre ou cinq mille hommes ont péri et nous
parlons de fête ! Je m'y oppose et demande un simple
monument funèbre. »
(Séance du g novembre 1792. Moniteur Universel.
Dimanche 11 novembre I7Ç2.)
Malgré ces paroles énergiques, la motion de Jean
Debry, appuyée par un éloquent plaidoyer de Ver-
gniaud, l'emporta, et les fêtes publiques eurent lieu.
- — 2 -— •
RECTIFICATIO N SANS IMPORTANCE
Nous voulons narrer ici, avec quelques détails, un
incident de presse auquel fut mêlé l’un des nôtres et
que nous avons suivi d’un esprit curieux et amusé.
Le point de départ était « sans^ importance », mais le
point d’arrivée nous révéla un état d’esprit qui n’est
pas d’une aussi chétive portée. C’est pourquoi nous
pensons qu’il vaut la peine d’en parler.
L'Action du 25 septembre rendait compte en se
conde page des déclarations de simple tolérance mu
tuelle faites au Congrès de Rouen par MM. Hubbard
et Allégret. C’était fort bien. Mais, en première page,
le même jour, l’article intitulé La. Politique revenait
sur le même sujet. Voici comment il se terminait :
Hubbard est un libre-penseur, nul n'en doute. Et il ne
le sera pas moins après l’algarade, non pas la leçon, que
nous allons nous permettre. Que va-t-il, lui, libre-penseur,
faire appel aux « groupes religieux pour poursuivre un
même but avec les radicaux-socialistes et les socialistes ?»
Et à quel titre va-t-il proclamer, avec une pompe et une
assurance imprévues, que « la République française ne
demande qu’à marcher' dans cette voie (de la paix), d’ac
cord avec toutes les religions ? » (Nombreux applaudisse
ments.)
Il a dit tout cela, hier, au Congrès de la Paix de Rouen.
Si bien que l’abbé Allégret, « au nom de la Société chré
tienne », a remercié M. Hubbard de ses déclarations et a
proféré ceci : « La Société chrétienne, que je représente, a
le môme idéal que M. Hubbard. »
Voyons, voyons !... Est-ce que nous aurions rêvé ? Les
religions, les groupes religieux, l’abbé Allégret, la Société
chrétienne auraient le même idéal que nous, que M. Hub
bard, que la Libre-Pensée i Ces religions, qui ont suscité
toutes les haines, toutes les guerres à travers les siècles,
qui ont allumé tous les bûchers, armé et béni tous les
bourreaux, ensanglanté toutes les places publiques et tous
les champs de bataille, fait survivre de génération en géné
ration toutes les rancunes et provoqué toutes les repré
sailles, c’est elles que l’on invoque — et c’est M. Hubbard
qui parle — pour faire la paix dans le monde !...
M. Allégret ne connut cet article que deux jours
(1) Les armées républicaines, sous les ordres du général
Montesqüiou, pénétrèrent sans effusion de sang en Savoie
et y proclamèrent la liberté, au milieu des acclamations de
toute une population en fête.
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